Des desseins humains par et pour l’action humaine

[1] exprime une telle « résignation aux inévitables limitations de l’esprit de l’homme« [2], un tel renoncement aux appels à « l’héroïsme de la raison« , à la « mente eroica« , que lancent depuis trois siècles les grands critiques du cartésianisme de la culture occidentale G.Vico[3], E.Husserl[4] …), que l’on doit s’inquiéter de la bienveillance, et parfois de l’admiration, avec laquelle tant d’épistémologues et d’économistes contemporains l’accueillent encore plus de trente ans après sa parution.

Certes F.Hayek argumente avec un tel aplomb, témoignant d’une érudition si éblouissante, que l’on peut parfois se laisser étourdir par ses arguments d’autorité[5]. Mais bien des économistes, séduits par ses références à l’interdisciplinarité dans les sciences sociales ou à l’indéterminisme au sein des phénomènes complexes, oublient en le lisant leur devoir civique de « critique épistémologique interne« [6] et, à leur insu peut être, font leur cette stérile résignation à laquelle il les invite.

 

 

Pourtant, les critiques empiriques ne nous manquent pas, mettant en évidence la fragilité et souvent la fallace des arguments qu’Hayek demande à ses lecteurs de tenir pour évidents. On se souvient par exemple de la première page de « DLL 1 » : Evoquant en dix lignes l’exemple des rédacteurs de la Constitution américaine, il conclut : « la première tentative en vue d’assurer la liberté individuelle par des constitutions a manifestement échoué » (p.1)

 

Qu’on lise alors la page qu’H.A.Simon consacrait à ce même exemple :

« Examinons maintenant un exemple vraiment différent de conception de projet humain » (il a évoqué auparavant l’organisation de la NASA, archétype de l’action humaine pour un dessein humain, dont le succès, des hommes marchant sur la lune, induisit un autre dessein, « cette étonnante et nouvelle perspective que nous gagnâmes tous de notre place dans l’univers lorsque nous vîmes de l’espace notre propre planète pâle et fragile« ), l’exemple de « la conception de la constitution de la nation américaine.

 La plupart d’entre nous dans le monde libre considère ce document comme un exemple remarquable en matière de planification sociale et d’organisation humaine … Cette constitution …survit toujours et constitue l’ossature de nos institutions politiques, pendant que la société qui fonctionne dans son cadre a donné à la plupart d’entre nous une large gamme de libertés et un haut niveau de confort matériel« .

 S’interrogeant alors sur le processus de conception collective de ce «produit délibéré de l’esprit humain», il note : « Les pères fondateurs acceptèrent des objectifs restreints pour leur artefact, pour l’essentiel la préservation de la liberté dans une société ordonnée. …Ils ne postulèrent pas qu’un homme nouveau  serait produit par ces nouvelles institutions … Selon leurs propres déclarations, «s’il existe un degré de dépravation dans l’humanité, qui nécessite un certain degré…de méfiance, il existe aussi d’autres qualités dans la nature humaines qui justifient une certaine dose de confiance »… Pour atteindre les objectifs du projet, l’examen des obstacles (les représentations du problème) et quelques techniques permettant de les surmonter …(peuvent être considérées) ».

Il examinera ensuite l’organisation d’une autre institution construite «par l’action humaine pour un dessein humain », l’ECA, qui gérait le Plan Marshall à partir de 1948 pour souligner la faisabilité de ce type d’entreprise[7] dans des situations très diverses.

 

 

Rien dans ces exemples n’autorise à conclure que la conception d’artefacts évolutifs tels que les organisations sociales a ou va « manifestement échouer « . Rien non plus n’autorise à conclure qu’elle va réussir à coup sûr, et H.A. Simon se gardera soigneusement de ce type de propos arrogants, s’intéressant plutôt à l’examen  des formes des contraintes probables et à l’élaboration des heuristiques plausibles permettant de les contourner, fut ce en déformant délibérément les desseins initiaux[8]. Ce qui le conduira à formuler la thèse pragmatique de « la conception sans objectifs finaux (des objectifs de conception dont la fonction sera de motiver l’action qui, à son tour, engendrera de nouveaux objectifs »[9]) qu’il illustrera par des cas convaincants de planification urbaine.

 

 

Cet exemple suffit à illustrer le propos : même s’ils sont nombreux et témoignent d’une érudition multidisciplinaire originale, les exemples que cite Hayek à l’appui de sa thèse ne sont jamais définitivement concluants ; ils peuvent susciter l’attention puisqu’ils sont souvent moins simplistes que les arguments de type « scientistes » qu’il dénonçait  déjà dans « Scientisme et sciences sociales » en 1952, mais il ne suffit pas de formuler une hypothèse avec assurance pour la démontrer. Le sous titre que donne la traduction française partielle de S.S.S., traduction due à R.Barre dés 1953, caractérise sur un mode péremptoire, cette ambiguïté : « Essai sur le mauvais usage de la raison« . Si le lecteur perçoit aisément le clin d’œil au sous titre du « Discours de la méthode » … »pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences « , il peut pourtant s’interroger sur le critère général qui va permettre de distinguer le « mauvais » usage de la raison[10]. Pourtant, il ne trouvera, chez Descartes comme chez Hayek que des arguments d’autorité. Ce qui, on nous l’accordera, n’est pas satisfaisant aujourd’hui pour légitimer les énoncés scientifiques enseignables aux citoyens solidaires et responsables de leurs institutions, institutions que G.Vico appelait si heureusement leurs « sociétés civiles » (Enoncés dont la production est aujourd’hui financée délibérément par ces  mêmes citoyens !).

 

Cette désacralisation de l’autorité hayekienne (qui n’est pas une diabolisation : on ne demande pas de brûler ses livres, on demande seulement le droit de rester « lecteur pensif« ), va nous permettre de reconsidérer trois des thèses essentielles auxquelles il fait appel pour plaider la constitution des sociétés humaines sur le mode « spontané » des sociétés d’abeilles, plutôt que sur le mode « délibéré » des sociétés se civilisant.

 

 

 

 1. La thèse de « la trompeuse division de tous  les phénomènes entre ceux qui sont  «naturels» et ceux qui sont «artificiels» »[11]

 

 

Cette distinction entre «nature» et «culture», ou « pour reprendre les termes grecs d’origine[12], qui semblent avoir été introduits par les sophistes du V° avant J.-C. »[13], puis reprise par Aristote et par Platon (rappelait K.Popper, 1945, dans un chapitre V qu’il intitule « Nature et Convention« [14]), « devint, convient Hayek, partie intégrante  de la pensée européenne ». On pourrait penser que cette distinction, qui se maintient dans nos civilisations depuis 25 siècles au moins, a quelque solide légitimité. Spinoza nous surprend il lorsqu’il note « qu il est presque impossible que la majorité des hommes mis en un tout, si ce tout est considérable, s’accorde sur une absurdité« [15]. Et G.Vico, qu’Hayek devrait avoir lu, ne nous a t il pas montré combien était fécond, pour la compréhension des processus civilisateurs, l’examen de la genèse des mots, des mythes, des fables et des concepts que nous révèle l’histoire des sociétés se re – civilisant sans cesse[16].

Distinction qui constitue pourtant, assure Hayek, une « erreur grave« , mais il ne nous dira pas en quoi elle est erronée. Son propos sera de compléter cette distinction par « une division tripartie, insérant entre les phénomènes tenus pour naturels au sens où ils sont complètement indépendants de l’action humaine et ceux qui sont artificiels ou conventionnels, au sens où ils sont des produits des desseins humains, une catégorie intermédiaire distincte comprenant les modèles et les régularités non intentionnels dont nous découvrons l’existence dans la société,  et que la théorie sociale a pour tache d’expliquer »[17]

 

 

Il va ainsi introduire une nouvelle distinction qu’il développera peu après sous les néologismes de Kosmos et Taxis auxquels il consacrera le T. 1 de D.L.L. (en particulier le chapitre 2), pour caractériser non plus tous les types de phénomènes, mais « les ordres, concept indispensable pour étudier tous les phénomènes complexes, vis à vis desquels il doit jouer le même rôle que le concept de loi joue dans l’analyse des phénomènes plus simples »[18] . Il aurait pu, convient il, utiliser les mots «système», «structure», ou «modèle», mais il voulait postuler ainsi plus explicitement « l’existence d’un ordre, d’une cohérence et d’une permanence dans la vie sociale ». Postulat qui dissimule le fait que plusieurs observateurs peuvent concevoir des ordres différents pour étudier un même phénomène, ordres qui n’en seront pas moins des ordres plausibles, et à leurs yeux, cohérents.

 

Cette définition lui permet de proposer deux natures d’ordre, le fabriqué (ou l’arrangé) ou « taxis« , et le spontané (ou le mûri) ou « kosmos« . Ces derniers « ne sont pas nécessairement complexes, mais à la différence des arrangements délibérés des hommes, ils peuvent avoir n’importe quel degré de complexité »[19] . Distinction qui le conduira à « sa thèse principale : il n’est pas possible de mêler les deux principes d’ordre à notre fantaisie « .

 

 

Mais rien ne nous contraint à ne pas mêler ces deux principes (en admettant qu’ils soient  effectivement représentatifs des modes de formations des « organisations et des organismes » que peuvent connaître les hommes) en prêtant attention, dans cette conjonction, à leurs propres limitations ; Limitations qui concerneront tour à tour les capacités cognitives des observateurs qui les décrivent, et éventuellement les caractéristiques nouménales et phénoménales des systèmes observés, dés lors que nous nous proposons de les décrire pour délibérer intelligemment nos prochaines interventions intentionnelles au sein de ces systèmes. Nul théorème de Gödel ne nous assure de l’impossibilité de réfléchir, et de « construire dans notre tête« [20] nos projets d’action humaine en les délibérant et en « explorant le champ des possibles  » qu’évoquait déjà Pindare. L’acharnement à recenser les « nécessairement impossibles » dans l’ordre taxis et les « nécessairement fatals » dans l’ordre kosmos peut certes aider les humains à se résigner aux misères qui les assaillent, mais il ne suffit pas à les aider à répondre aux « bonnes questions » que Kant  proposait à notre intelligence : « Que m’est il permis d’espérer ? Que puis je savoir ? Que dois je faire ? ».

 

 

La séparation brutale entre les stratégies émergentes[21] (ou non intentionnelle ou a – téléologiques) et les stratégies délibérées (ou intentionnelles ou téléologiques ) n’est pas une obligation absolue de l’humaine raison. Rien ne l’empêche a priori de jouer pragmatiquement par les interactions de l’une et de l’autre : La plausible nécessité de la gravitation n’interdit nullement la non moins plausible possibilité du parachute ou de l’hélicoptère, dés lors que l’acharnement à découvrir la première ne compromet pas la liberté d’inventer les seconds !

En rédigeant à la même époque (1968) les premiers chapitres de « the Sciences of the Artificial« [22], H.A.Simon argumentait ceci de façon fort solidement construite épistémologiquement, et proposait implicitement une thèse duale de celle d’Hayek : Plutôt que de nous acharner à séparer ou à disjoindre dans nos cultures l’ordre du naturel et celui de l’artificiel, ne pouvons nous nous exercer à les relier ou à les conjoindre ? Ne pouvons nous enrichir notre intelligence de l’un par l’intelligence de l’autre, en une incessante interaction, qui décrit pour chacun « l’aventure extraordinaire dans laquelle le genre humain…s’est engagé, allant je ne sais où« [23] . «Comprendre n’est pas détruire le merveilleux», rappelle H.Simon citant la célèbre formule que Simon Stevin de Bruges rédigea sur la vignette qui présentait ses travaux trigonométriques sur les plans inclinés[24].

 

 

 

2. La thèse de « la façon de voir constructiviste (qui) conduit à des conclusions fausses « .[25]

 

 

Dans ses premières œuvres épistémologiques (« Scientisme et sciences sociale » paraît en 1952), Hayek désigne l’attitude scientifique qu’il réprouve sous les noms généralement en usage dans la littérature : « L’attitude scientiste que, faute d’un meilleur terme, nous qualifierons «d’objectivisme» ». Il mentionnera aussi «le physicalisme», «le behaviorisme», «le totalisme scientiste ou méthodologique»[26], « auquel se relie étroitement …«l’historicisme» » et, plus rarement, « les positivistes, de Condorcet à Mach ».   Il ne s’en prendra explicitement au «positivisme» que dans sa version «juridique» (laquelle « s’enorgueillit même d’avoir enfin échappé à toute influence de cette conception métaphysique de la loi naturelle« ) à partir de 1967 semble t il, afin de l’associer au concept puis à la méthode de « construction rationaliste » qu’il va aussitôt baptiser « constructivisme cartésien » [27]. L’expression va lui plaire puisqu’elle va désormais apparaître fréquemment sous sa plume, en particulier dans les premiers chapitres de D.L.L.1., sous les formes symétriques du « constructivisme rationaliste(p.39) » et du « rationalisme constructiviste (p.6) »[28].

 Mais il ne la justifiera pas, et il affectera d’ignorer que l’expression «Constructivisme» a déjà pris forme en épistémologie depuis près d’un siècle, à l’initiative des mathématiciens Kronecker puis Brouwer[29]. Depuis 1967, J.Piaget lui a redonné audience et légitimité dans toutes les disciplines et en particulier dans les sciences de l’homme et de la société, dans les chapitres de synthèse de l’encyclopédie « Logique et connaissance scientifique« .

 

 Le point de départ de J.Piaget et des nombreux scientifiques dont il s’était entouré étant au demeurant le même que celui de F.Hayek : le diagnostic des limitations que les idéologies positivistes (dans leur variantes «Cartésiennes», «Comtiennes» ou «Logiques») imposaient inutilement à l’exercice de l’intelligence humaine.

 

En désignant, sans justifications, par le mot « Constructivisme », une idéologie « rationaliste naïve« (selon le mot de K.Popper, rappelle t il[30], qui la distinguait du « rationalisme critique« ), que l’on appelle couramment et légitimement « l’idéologie positiviste »[31], Hayek va rendre un bien mauvais service à la réflexion épistémologique au sein des sciences sociales. En diabolisant le constructivisme sans argumenter son procès, il omet de désacraliser le positivisme alors qu’il expose certains des arguments qui lui auraient permis de convaincre : Comment pourra t on jamais montrer que des conclusions correctement argumentées et rappelant loyalement les fondements épistémiques intelligibles sur lesquelles elles sont développées, « sont a priori fausses » ?

 

 

Qu’on relise en revanche les pages par lesquelles j.piaget, en 1967, argumentait le procès de cette « doctrine  générale (positiviste)… qui a conservé l’esprit de conservatisme scientifique et le goût des frontières stables et essentiellement restrictives que tout positivisme voudrait imposer aux sciences « [32], si l’on veut s’assurer que l’on veille à conduire sa raison avec « une obstinée rigueur » ? Les anathèmes, les imprécations et les procès d’intention ne témoignent ils pas « d’un mauvais usage de la raison … pour chercher la vérité dans les sciences « [33] ?

 

 

Puisque les arguments de Hayek visent, souvent avec pertinence, les épistémologies positivistes (et pas le seul positivisme juridique), pourquoi ne désigne t il pas loyalement l’adversaire et préfère t il donner au Goliath positiviste qu’il veut combattre, le nom du David constructiviste qui propose une autre interprétation de l’épistémé scientifique au moins aussi bien argumentée ? Peut être parce qu’il ne peut pas concevoir qu’il puisse exister des « sciences se construisant sur un projet de connaissance  » (ce qui est pourtant le cas de la Cybernétique à laquelle il fut très tôt attentif), et qu’il ne pouvait entendre que « des sciences construites sur un objet …indépendant de l’observateur « [34] .

 « Paradoxe insupportable », ou plus banalement, défaillance de l’entendement qui l’obligeait à disjoindre et à hiérarchiser les ordres Kosmos et Taxis ?

 

 

 

3. La thèse de la supériorité de la rationalité praxéologique sur la rationalité pragmatique

 

 

La mise en regard du chapitre de F.A.  Hayek intitulé « Raison et Evolution » publié en 1973 et du chapitre de  H.A.Simon intitulé « Rationalité et Téléologie« [35] publiée dix ans plus tard, mais développant dans les problématiques de l’évolutionnisme, le paradigme de « la rationalité procédurale » présenté également en 1973, est très révélateur des inhibitions cognitives que s’impose Hayek dés lors qu’il veut expliciter les « bons modes de conduite de la raison humaine ». (Il est beaucoup plus à l’aise lorsqu’il veut mettre en valeur « les mauvais usages de la rationalité cartésienne »).

 

 Certes il souligne de façon souvent fort convaincante les « limitations permanentes de notre connaissance des faits« [36] et donc les limites observables des capacités cognitives (représentation, computation, communication) des individus et a fortiori des sociétés humaines (ou des « grandes sociétés« ). Mais depuis 1947, H.A Simon a tant développé cet argument que l’on ne trouve au mieux chez Hayek qu’une confirmation de cette hypothèse plausible trop ostensiblement négligée par la plupart des logiciens européens pendant trois siècles.

Et surtout, on la trouve systématiquement interprétée comme un appel « résigné à ses inévitables désavantages »  [37] : Puisque nous sommes incapables de pouvoir bien calculer nos « bons » comportements, postulons qu’il existe quelques ordres ou quelques lois « que nous n’avons pas faites… quelques principes fondamentaux absolument nécessaires …auxquels nous pourrons  fréquemment nous référer » et qui nous permettrons de nous comporter rationnellement sinon sagement.

 

 

Mais que sera cette rationalité du comportement ? Hayek empruntera la conception classique de l’école de Vienne (L.von Mises, K.Menger…), celle d’une rationalité déductive qui n’ose pas dire son nom pour ne pas qu’on la confonde avec la rationalité analytique ou cartésienne. Il reprendra l’expression « rationalité compositive » qu’il emprunte à K.Menger, lequel la proposait, nous dit il, comme un substitut moins brutal que « rationalité déductive« [38]

Mais il s’agit toujours d’exprimer le processus cognitif reproductible du syllogisme parfait, processus permettant de « déduire » le meilleur moyen présumé unique, d’atteindre une fin présumée donnée et invariante. H.Simon proposera d’appeler « rationalité substantive » ce type de rationalité que sacralisent souvent les traités de méthodologie économique.

 

 

Abordant ainsi la question de la détermination (raisonnable ou passionnelle ?) des fins ou des desseins que poursuivent les humains, Hayek rencontre une difficulté familière. Récusant dans l’ordre des phénomènes sociaux, l’hypothèse déterministe que postule le cartésiano – positivisme, comme celle d’une « instance supérieure » exogène fixant les fins[39], il va retenir celle d’une endogéneïsation des fins au sein de la nature (un « ordre spontané, ou Kosmos« ) ; Ordre dont nous ne saurons rien sinon qu’il apparaît dés lors que nul ne se soucie d’en concevoir un autre.  Ordre que symbolise la perfection géométrique et économique de la forme des cellules de cire dans les ruches d’abeilles, dont le paradigme «praxéologique», que venait de développer A. Espinas puis T. Kotarbinsky, « maintenant clairement défini et amplement utilisé par L. von Mises« , permettra de rendre compte. La réduction, fort positiviste d’inspiration, de cette fin endogène à un «principe de parcimonie universelle» tenu pour une vérité a priori, ne retiendra pas son attention critique.

 

Attention critique qu’il exercera en revanche à l’encontre du paradigme «pragmatique» que développaient, en réaction explicite à l’emprise du cartésiano – positivisme sur la culture scientifique, C.S.Peirce et W.James puis G.Mead et surtout J.Dewey, dont « la logique, théorie de l’enquête« [40] constitue pourtant un exposé bien construit de ce que peut être l’exercice de la rationalité non réduit à la déduction syllogistique formelle [41]. C’est sur cette base que H.Simon caractérisera l’exercice modélisant et délibérant de la « rationalité procédurale« , qu’il synthétisera en 1983 dans « Reason in human affairs« . La dialectique délibérative de l’identification tâtonnante des fins intermédiaires et de l’invention intelligente de moyens possibles pour atteindre éventuellement ces fins, est un processus cognitif récursif intelligible : « La fin ne justifie pas les moyens mais les moyens produisent des fins qui les mettent à l’épreuve… »[42], et si  » la raison par elle même est instrumentale », nous pouvons faire de  » son exercice délibérant, l’image de  nos propres fins » [43].

 

 

Cette permanente exploration intentionnelle et récursive des interactions fins – moyens devient outil d’exploration ou d’invention familier du « champ des possibles », restaurant ainsi le caractère intentionnel, et plus généralement téléologique, de l’usage de la raison humaine . Que cet usage soit iréversiblement bon ou mauvais ne dépend pas des normes ou ordres auxquels se réfère l’exercice de la raison, mais de notre capacité à reconnaître dans le choix et la mise en œuvre des moyens une ré – élucidation potentielle des fins qui avaient permis leur élaboration .

 

 

 

Les desseins humains délibérés, émergents pour et par l’action humaine qui forme et transforme les institutions sociales se civilisant

 

 

Dans la complexité perçue de l’action humaine, tant individuelle que collective, la conscience des limites des capacités cognitives des acteurs devient ainsi la conscience, à la fois autonomisante et solidarisante, de leur « ingénium« [44], de leur capacité à inventer, à concevoir, à représenter, et à délibérer, en s’auto – éco – ré – organisant [45] … »ce que sera le prochain pas « [46], dans ce contexte dans cette période, au fil du temps.

 

Sans dessein humain, il n’est pas d’action humaine créative digne d’une société tentant, toujours maladroitement, de se civiliser. En l’ignorant ou en le niant, ne s’interdit on pas de se civiliser ? Ne condamne t-on pas les sociétés humaines à ne devenir que des sociétés d’abeilles ? Hayek introduisait sa thèse par une boutade attribuée à  Cromwell : « On ne monte jamais si haut que quand on ne sait où l’on va »[47]. Mais la question est-elle de savoir une fois pour toutes « où l’on va » que l’on monte haut ou pas ? N’est elle pas de se demander « où l’on voudrait aller, ici et maintenant « ?

 

Pourquoi la recherche scientifique, en économie politique comme ailleurs, devrait elle s’interdire et nous dissuader d’explorer, pragmatiquement et poïétiquement, à dessein, les champs des possibles qui s’ouvrent à chaque pas à l’action humaine lorsqu’elle se perçoit complexe et  téléologique, se finalisant à chaque pas ?

 

Si nous voulons une science citoyenne, responsable et solidaire, qui s’intéresse aux «faires» (les actions humaines à dessein) autant qu’aux «faits» (leurs résultats, tels que les institutions sociales), ne devons nous pas l’inviter à conjoindre, toujours plus ingénieusement, Pragmatiké et Epistémé, plutôt qu’à disjoindre, toujours plus catégoriquement, un présumé fatal Kosmos et un présumé naïf Taxis?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

 

 

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* A.Pons : « Vico et la «barbarie de la réflexion» » dans « Figures italiennes de la rationalité « , dir. C.Menasseyre & A.Tossel, ed. Kimé, 1997, p355.

 

* K.Popper, « La société ouverte et ses ennemis »1962-66, 2 T. », trad. J.Bernard et P.Monod, ed. Seuil, 1979

 

* H.A Simon « The science of the artificial« (1969, 1981, 1996), Traduction française de l’edition de 1981, titre : « Sciences des systèmes , sciences de l’artificiel  » ,ed. Dunod, 1991  p. 143 – 169

 

* H.A.Simon, « Reason in human affairs » Stanford University Press, 1983.

 

*.H.A Simon & M. Egidi « Commentaires sur la conférence de H.Simon sur « le rôle des organisations en économie », in H.A.Simon et al,  « An Empirically based microeconomics« . Cambridge University Press, 1997, p.116-119.

 

* Spinoza, « Tractacus Théologico – Politique » , 1670, p.16.

 

* P.Valéry : « Variété II« , in O.C. I, éd. Pléiade.- Gallimard 1957

 

.*G.Vico, « La vie de G.Vico écrite par lui-même, et autres textes« , présentation , traduction et notes par A.Pons », Ed. Grasset , 1981.

 

*G.Vico, « Principes d’une Science Nouvelle« , Edition Nagel, (traduction – Doubine,1957) 1986

 

*G.Vico, « De l’antique sagesse de l’Italie« , 1710, (traduction Jules Michelet,1835, présentation B.Pinchard ), ed.Flammarion , GF., 1993.

 

 




[1] Cet article parut d’abord en traduction française en 1967 dans un recueil d’essais rédigés en l’honneur de Jacques Rueff : « Les fondements philosophiques des sociétés économiques (textes de J. Rueff et essais rédigés en son honneur le 23 août 1966) » rassemblés sous la direction de e.m.Claassen, ed. Payot – Paris. L’original anglais parut très peu après  dans « Studies in Philosophy, Politics and Economics« ,  ed. Routledge & Kegan Paul, London (Chapter Six, p. 96-10), complété par deux brèves « notes supplémentaires « argumentant les possibles origines gréco-latines de la distinction qui lui importe entre naturalisme et positivisme. Ajoutons que la thèse qu’annonce ce titre court la plupart des œuvres de F.A.Hayek au moins de 1950 à 1988 .

[2] Qu’on lise l’exergue de G.Ferrero qui ouvre « D.L. L. », extraite d’un ouvrage publié à New York en 1942 (exergue dont j’extrais cette formule). Puis qu’on lise l’exergue de Pindare (« O mon âme, n’aspire pas à la vie éternelle, mais explore le champ des possibles« ) qu’A.Camus plaçait à l’ouverture du « Mythe de Sisyphe » publié à Paris la même année, ou encore ses dernières lignes :  » La lutte elle même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. » . Comment alors être certain et enseigner avec arrogance, que la résignation, seule est légitime ? Albert Camus avait il découvert ce vers des Pythiques III de Pindare en lisant «Le cimetière marin» publié en 1917 ? N’est il pas significatif que ce vers serve aussi d’exergue, dans sa version grecque originale au célèbre poème de P.Valéry, poète et épistémologue qui méditant devant « la mer, la mer, toujours recommencée…« , nous dit « …le vent se lève ! … il faut tenter de vivre ! » ?

[3] « La fabrica della mente  » retiendra très heureusement l’attention de B.Pinchard dans « La raison dédoublée« , ed. Aubier, 1992, « pour décrire les pouvoirs structurants de l’esprit humain au-delà de ce qu’en disent les livres et les doctes, comme aimait à le dire Vico »(p.13). Faut il rappeler que le « dernier texte important de Vico, le discours «De mente heroica» (1732) fustige ceux qui pensent que la capacité de créer est épuisée chez les hommes … » (cf l’étude d’A.Pons : « Vico et la «barbarie de la réflexion» »  dans « Figures italiennes de la rationalité « , dir. C.Menasseyre & A.Tosel, ed. Kimé, 1997,  p355.).

[4] « La crise de l’existence européenne… n’est pas un obscur destin ; ce n’est pas une fatalité impénétrable ; il est possible … de la rendre compréhensible …grâce à un héroïsme de la raison qui surmonte définitivement le naturalisme…« . Ne faut il pas relire cette célèbre Conférence donnée en 1935 par E. Husserl à Vienne ? (reprise dans « La crise des  sciences européennes…« , trad. Française, ed. Gallimard, 1976, p.382).

[5] Séduction dont on peut pourtant se défendre en s’exerçant avec plus de soin encore à ces exégèses érudites.  Un exemple illustrera cet argument : F. Hayek ignorait il l’essentiel de la pensée de Vico lorsqu’il en extrayait, dans « La présomption fatale« , «cette remarque profonde selon laquelle « homo non intelligendo fit omnia » (l’homme devint tout ce qu’il est sans le comprendre ; Opere, V, 2°ed. G.Ferrari , 183)». Remarque profonde qu’il portait au crédit de sa thèse reliant en une même lignée Mandeville, Herder, Vico et C.Menger sans observer qu’elle contredisait l’argument fondateur de l’herméneutique vichienne. Pour m’assurer de la profondeur de cette remarque attribuée à Vico, mais ne pouvant accéder à l’édition italienne de 1854 à laquelle curieusement Hayek se réfère en 1988, il m’a fallu quelques tâtonnements pour vérifier le contexte de cette petite phrase noyée dans l’œuvre immense de G. Vico. L’exercice méritait pourtant le détour : Au § 405 (p.139) de l’édition Nagel – Doubine, 1986, des « Principes d’une Science Nouvelle« , on lit après «homo non intelligendo fit omnia (théorie due à Campanella)», «car si par son intelligence, l’homme déploie ses facultés et parvient à comprendre, lorsqu’il est privé de cette intelligence il fait de lui-même ces choses et en se transformant en elles, devient ces choses même. »? . Commentaire qu’Hayek affecte d’ignorer (probablement parce qu’il citait de seconde main ces cinq mots latins hors de leur contexte en italien), qui en modifie sensiblement l’interprétation abrupte qu’il en propose. Je trouve par ailleurs aisément sous la plume de G.Vico, nombre d’autres formules qui argumentent le contraire de cette résignation : à commencer par exemple par cette autre traduction de la même phrase de Vico (que cite P. Forget : « Vico et l’expérience humaine  du vivre » in « l’Art du Comprendre« , avril 1998 n°7, p.24) : « L’homme, en concevant déploie son esprit et comprend les choses, mais lorsqu’il ne les comprend pas il les fait à partir de lui-même et, en se transformant en elles, il les devient « (« Science nouvelle » 1744, 405). Ajoutons que les exégètes de l’œuvre de Vico soulignent que « «Non intelligendo» ne signifie nullement que l’homme ne comprend rien à ce qu’il fait, mais que le télos, le sens final et global des événements lui échappe… Le faire de l’homme … ce faire, capable de donner à l’homme tout un monde d’institutions, de lois, de relations, d’œuvres, ne livre pas de plan secret … » P. Gabellone, dans « Présence  de Vico « , Presses Université P.Valéry, Montpellier, Prévue, 1996, p. 205.

 

[6] J.Piaget : »Le fait nouveau, de conséquences incalculables pour l’avenir, est que la réflexion épistémologique surgit de plus en plus de l’intérieur même des sciences … » dans « Logique et Connaissance  scientifique  » ed. Encyclopédie Pléiade, 1967. Incidemment l’agressivité de Hayek à l’égard de J.Piaget ne témoigne pas en faveur de sa probité intellectuelle : Mentionnant, en 1988, un des premiers livres de Piaget de 1929, il qualifie sa pensée de « vision animiste, naïve et infantile du monde « (PF, p.67) Pour qui lit « La construction du réel chez l’enfant , 1929« , on voit où le bat blesse Hayek, d’autant plus douloureusement qu’il n’ose le désigner (Sans doute la phrase : « L’intelligence … organise le monde en s’organisant elle même« , p.311). Mais il ne la cite pas et il aurait été bien en peine de justifier ses insultes blessantes. Citations tronquées, procès d’intention et propos injurieux, de tels procédés sont ils dignes d’un discours scientifique qui se veut enseignable ?

[7] H.A Simon « The science of the artificial« , chapitre V des éditions de 1981 et1996 : « Social Planning : Designing the evolving artefact « . Traduction française de l’edition de 1981, titre : « Sciences des systèmes, sciences de l’artificiel » ,ed. Dunod, 1991, p. 143 – 169

[8] Dans un ouvrage récent, « l’Etat au cœur « , ed. Desclée de Brouwer, 1997) P. Calame et A.Talmant proposeront à l’Institution Etat d’assurer cette fonction de permanente refinalisation en suscitant des « lieux collectifs d’élucidation  des enjeux » (p.68)

[9] Cf. « Sciences des systèmes, sciences de l’artificiel« , p.165

[10] Le sous titre de l’original anglais est un peu différent : « Studies in the abuse of reason« , mais on ne nous dit pas comment reconnaître de façon certaine que l’on abuse de la raison. Si Hayek avait lu G.Vico, il y aurait trouvé un solide argumentaire historique pour reconnaître dans le discours cartésien, la formation de « la barbarie de la raison« , mais il aurait du même coup du reconnaître que la raison humaine est aussi capable d’héroïsme . Ce qui ne lui aurait plus permis d’être aussi catégorique « 

[11] Introduction de l’article « The result of human action but not … ». Je ne reprends pas la traduction française publiée en 1967, qui est au moins maladroite, traduisant « misleading » par « faux « puis  par « erreur grave« , « division » par « distinction« , et « those which are… » par « qui dit… ». Cette thèse est reprise dans « D.L.L.1. », p.22 : « § La fausse dichotomie du «naturel» et de «l’artificiel» « .

[12] « D.L.L.1. » précise : «physei», qui signifie «par nature», et en contraste, soit «nomo», que rend au mieux «par convention», soit «thesei» qui signifie en gros «par décision délibérée» ».

[13] cf.: « D.L.L. 1 « , § « la fausse dichotomie du «naturel»et de «l’artificiel»« , p. 23 de la traduction française, PUF. 1980

[14] La note 18, chap.1 de D.L.L.1., évoque explicitement ce chapitre 5 de « La société ouverte et ses ennemis « , tome 1

[15] « Tractacus Théologico – Politique« , 1670, p.16.

[16] N’est il pas curieux qu’Hayek ait si longtemps et si ostensiblement ignoré les « Principes d’une science nouvelle relative à la  nature commune des nations« , alors qu’il semble si friand du moindre argument de type historique, que ce soit pour étayer ses thèses ou pour contester les auteurs qui s’y opposent ? On a noté qu’il ne faisait allusion qu’une seule fois à G.Vico dans son dernier ouvrage (PF, 1988, p.97 de la traduction française) en le citant sans doute de seconde main, ce qui le conduit à un contre sens (cf ci dessus, note 3). Je remercie C.Gamel qui m’a signalé cette ultime brève mention de Vico par Hayek dans PF. , p.97.

[17] A nouveau je traduis l’original anglais (p.97 de SPPE), la version française publiée me semblant trop approximative et curieusement incomplète.

[18] D.L.L. 1, p.41

[19] D.L.L.1., p.45

[20] « Ce qui distingue dés l’abord le plus mauvais l’architecte de l’abeille la plus experte c’est qu’il a construit la cellule dans sa tète avant de la construire dans la ruche « . K.Marx, « le Capital 1  » p.728, ed. Pléiade

[21], Je retiens ici le qualificatif « émergent « plutôt que celui de « spontané » adopté par Hayek, me souvenant de la définition qu’en proposait P.Valéry : « Le spontané est le  fait d’un système simple qui ne fonctionne qu’entre le désir et l’acte de le satisfaire. Le réfléchi exige un temps, qui est complexité, nombre de systèmes indépendants à coordonner, …  » Cahiers T. II Pléiade, p.1420

[22] La première édition paraît en 1969 ; elle sera traduite et publiée en français en 1974.

[23] P.Valéry : Variété II, in O.C. I, éd. Pléiade. , p.1075.

[24] Vignette que reproduit aujourd’hui encore  la statue qu’érigea la ville de Bruges célébrant un de ses plus éminents citoyens

[25] D.L.L.1., p.13

[26] « Le totalisme a rarement été aussi énergiquement proclamé que lorsque le fondateur de la sociologie, Auguste Comte, affirma à son propos que, comme en biologie, «l’ensemble de l’objet y est beaucoup  mieux connu et plus immédiatement accessible»que ses parties constituantes« . S.S.S. p.89. R.Barre, le traducteur, précise qu’il a pris le parti de traduire « collectivism » par « totalisme« .

[27] Citations extraites de l’article « Résultat de l’action des hommes mais  non de leurs desseins« , 1967

[28] « Les aspects de la tradition cartésienne que nous avons décrits sous le nom de constructivisme sont fréquemment mentionnés simplement comme le rationalisme » DLL 1. P.33

[29] J. Largeault a campé l’histoire de la formation épistémique du Constructivisme, puis des «écoles constructivistes en mathématiques», à partir de la fin du XIX°S. Voir par exemple le § IV « Du constructivisme » dans son « Que Sais Je ? « consacré à « l’Intuitionnisme« (1992). Le mot « constructivisme » fut également repris à partir des années 1920 pour désigner l’école (d’origine russe puis allemande) d’une nouvelle «conception dynamique de l’architecture» et d’un mouvement esthétique qui se veut « nouvelle logique ». Lorsque Hayek reprend le mot, il est déjà chargé de sens dans nos cultures, sens qu’il ne pouvait ignorer. Peut être pariait il sur l’inculture épistémologique « des membres de (sa) propre profession, les économistes » qu’il accusait, il est vrai, d’avoir « été contaminé par le constructivisme » (PF.p.97). Depuis lors, nombre de ces derniers, terrifiés sans doute par cette accusation, n’ont de cesse de certifier publiquement « qu’il ne sont pas constructivistes« , ce qui leur permet de dissimuler les hypothèses gnoséologiques fondatrices sur lesquelles ils légitiment leurs énoncés. (Voir par exemple M.Blaug : « Why I am not a constructivist ? Confession of an unrepentant Popperian » in RE.Backhouse, ed. « New directions in economic methodology« , Routledge, 1994, p.109+ : son lecteur ne saura pas «pourquoi il n’est pas constructiviste», mais il connaîtra, sous la description des «fléaux du constructivisme», p.130, une  liste des «variations sans fins» de doctrines et d’idéologies qui ne se relève  nullement d’une épistémologie constructivisme, et qu’il range d’ailleurs ensuite sous la bannière «d’un nouvel anti modernisme». Quand on veut tuer son chien, assure le dicton, on prétend qu’il a la rage ! Procédé qui manque de rigueur scientifique , mais puisque Hayek avait montré l’exemple  doit penser M. Blaug.

[30] cf.D.L.L.1. p.34

[31] Il faut, bien sur, parler des positivismes : réalistes, naturalistes, physicalistes, etc. « Le mot positif désigne le réel  » disait le créateur du néologisme, A.Comte. Comme il est légitime de parler des épistémologies constructivistes. Sur un même tronc gnoséologique (il en est au moins trois, le positiviste, l’idéaliste et le constructiviste), bien des branches méthodologiques et axiologiques peuvent se développer.

[32] J.Piaget , « Logique et Connaissance scientifique » , ed. Pléiade , 1967 , p.48.

[33] Si Hayek avait voulu argumenter son oxymoron du «constructivisme cartésien» (ou le pléonasme «positivisme cartésien»), il aurait pu se servir de la seule proposition  pré – constructiviste que l’on trouve en lisant scrupuleusement « le Discours de la Méthode« , formule qui permet de distinguer aujourd’hui les épistémologies «positivistes – réalistes» des «positivistes comtiennes» : le 3° précepte du Discours dit : «…conduire par ordre mes pensées en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu. , et en supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précédent point naturellement les uns les autres.  » . Cette « supposition » ne sent elle pas le fagot pour un scientifique qui ne croit qu’aux faits ? Mais, que les positivistes se rassurent, Descartes ne se laissera pas  aller souvent à ces écarts de langage ou à cet aveu gêné !

[34] « Cela conduisait au paradoxe d’une science niant expressément avoir un objet « . (article « Résultat de l’action des hommes , mais … » , p. 105 de la traduction française) . Sans objet « positif », une science (positive ou autre) serait  donc impossible ? Pour ne pas affronter ce dilemme, ne vaut il pas mieux attribuer à un tiers les errements que l’on trouve dans l’argumentation des épistémologies positivistes, tout en tenant par ailleurs des propos de facture que d’autres qualifieraient de « radicalement constructiviste  » ; par exemple : « Notre connaissance générale de la façon dont nous même et les autres nous conduisons …Nous «comprenons» la manière dont peut se produire le résultat que nous observons bien que nous ne puissions jamais être en mesure d’observer le processus entier.   « (S.S.S. p.58). Et lorsque Hayek  souligne qu ‘ «une science sociale féconde doit être largement une étude de ce qui n’est pas : une construction de modèles hypothétique…», D.L.L.1. p.19, ne préconise t il pas une « science sans objet » « , une science de ce qui « n’est pas  » (c’est lui qui souligne !). L’interdit positiviste d’une science sans objet positif n’est épistémologiquement guère tenable. Pourquoi  Hayek se croit il contraint de le faire sien ici, alors qu’il l’ignore là ?

[35] Chap.1 de « D.L.L.1. », et chap.2 de « Reason in Human Affairs « , Stanford University  Press. 1983

[36] D.L.L. 1. , p. 13.

[37] L’exergue de l’Introduction de D.L.L. 1. du à G.Ferrero (1942)  a déjà évoqué en note 2 : « Il semble qu’il n’y ait qu’une solution au problème : c’est que l’élite du genre humain acquière une conscience de la limitation de l’esprit de l’homme assez simple et profonde…, pour que la civilisation occidentale se résigne à ses inévitables désavantages « 

[38] Le traducteur de S.S.S. sera embarrassé et traduira « faute de mieux, «compositive» par «synthétique» » : cf. la note 1, p.54 de la traduction française .

[39] qu’il qualifiera de « téléologique« , en tenant ce terme pour « trompeur« , car  il faudrait assure t il, le distinguer de « normatif » . On doit se demander s’il a prêté attention à la définition argumentée  que donne Kant de « la téléologie , science critique » , et surtout à la discussion méthodologique qu’elle appelle , dans « la Critique de la faculté de juger » ?Cette définition de la discipline scientifique qui fait son objet de l’étude des processus de finalisation, la Téléologie, semble encore souvent ignorée de bien des scientifique qui, à l’instar de J.Monod , préfèrent prendre acte d’ «une flagrante contradiction épistémologique» (« Le Hasard ou la Nécessité« , 1970, p.32), plutôt que de convenir que « le concept de finalité est scientifiquement recevable « 

[40] L’ouvrage est publié en anglais en 1938  (soit dix ans avant « Human Action » de L.von Mises) . La traduction française de G.Deledalle ne sera publiée qu’à partir de 1963.

[41] Hayek se réfère  » à cette façon intentionnaliste ou pragmatique de représenter l’histoire  » en précisant qu ‘ il la tient de seconde main : La note 5 de chap. , p.12,  de D.L.L. 1. indique : »«Pragmatique» est l’expression primitivement employé , dans ce contexte , surtout par C.Menger (Leipzig,1882 ) »,  donc vraisemblablement avant que C.S.Peirce puis W.James , puis J.Dewey aient établi le statut du « pragmatisme », concept que Peirce disait avoir forgé (en 1878) à partir du  terme Kantien « pragmatisch ». Mais en 1973 ,Hayek pouvait il l’ignorer ?

[42] Tel est , ajoute  G.Deledalle, « l’essence du pragmatisme, inscrite en filigrane dans l’esprit de la philosophie américaine » , p. XVI de « La philosophie américaine » , 2° éd. 1993.

[43] « R.H.A« . p.106 , puis   p.70  : « Searching is the end ….From ends without means, we have come full circle to means without  ends .

[44] Je reprends le mot de Vico, qui s’étonnait, nous rappelle son traducteur, A.Pons, que la langue française n’ai pas su, à la différence des autres langues latines, fabriquer un terme pour désigner cette étonnante capacité de l’esprit à « relier » . On pourrait sans doute parler d’intelligence ou d’ingéniosité, voire de génie ou d’ingénierie . (« la vie de G.Vico écrite par lui-même, et autres textes, présentation , traduction et notes par A.Pons« , Ed. Grasset , 1981.  Cf.p.200 et 244.)

[45] M. Egidi rappelle, dans son commentaire sur la conférence de H.Simon sur « le rôle des organisations en économie« , la fécondité de la ressource cognitive originale apportée par les processus institutionnels et organisationnels, aux acteurs intervenant dans les systèmes économiques conscients des limitations de leurs propres capacités cognitives (par les processus de symbolisation, de mémorisation, de routinisation et d’apprenance qu’ils permettent). Cf. H.A.Simon, « An Empirically based microeconomics« . Cambridge University Press, 1997, p.116-119.

[46] « The basic question always is : « What shall be done next ?» ». (A.Newell & H.A.Simon : « Computer science as empirical inquiry : Symbol and Search » Conférence Turing , 1975, Communications of the ACM, March 76, Vol.19, Nb 3, p.113-125.

[47] En français dans le texte original anglais : elle serait  rapportée dans  « les Mémoires du Cardinal de Retz » et mentionnée par A.Ferguson.

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