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Sur la contribution de Paul Valéry aux développements contemporains des épistémologies constructivistes

 

Résumé

 

 

En 1896, Paul Valéry proposait une discussion épistémologique brièvement argumentée des « Eléments d’Economie Politique pure » que L. Walras venait de ré-éditer. Un siècle après, cette critique s’avère toujours aussi pertinente, mais nous pouvons la lire et l’interpréter en bénéficiant de l’importante contribution que P. Valéry allait apporter aux épistémologies contemporaines par ses Cahiers (1895-1945). On se propose ici de dégager l’essentiel de cette contribution épistémologique de P. Valéry en nous aidant des commentaires de treize scientifiques éminents publiés en 1983 dans « Fonctions de l’Esprit » : tant dans l’ordre gnoséologique que dans l’ordre méthodologique, il apparaît que ses contributions aux épistémologies constructivistes sont non seulement pionnières mais aussi fondatrices : « Les vérités sont choses à faire et non à découvrir, ce sont des constructions et non des trésors ».

 

 

 

Mots clefs : Epistémologie. Constructivisme. Economie mathématique. Gnoséologie. Méthodologie. « Fonctions de l’Esprit ». P. Valéry.


Contribution aux Mélanges à la mémoire de Simon LANTIERI

 

Jean-Louis LE MOIGNE

 

Méditations Epistémologiques sur

les «fonctions de l’esprit».

 

Notes sur la contribution de Paul VALERY aux développements

contemporains des épistémologies constructivistes.

 

      « L’Europe achève une étonnante, éclatante et déplorable carrière, léguant au monde, c’est-à-dire à la vie des êtres terrestres, le funeste présent de la Science Positive ».

      P. Valéry, 1943 (Cahiers, Pléiade II, p. 1533).

 

 

En s’interrogeant dès 1979 (peu après la parution de l’édition Pléiade des Cahiers) sur le statut épistémologique de l’œuvre de Paul Valéry par un article dont le titre allait surprendre bien des admirateurs de « La jeune Parque », «Paul Valéry, Néo-Positiviste ?»[1], Simon Lantieri invitait implicitement les académies scientifiques à reconnaître une stature d’épistémologue sinon d’homme de science à celui qu’elles tenaient pour un homme de lettres. Invitation qui provoqua au demeurant quelque dubitation puisqu’on ne connaissait guère de précédents à une semblable reconnaissance : Goethe peut-être ? Mais sous l’apparente modestie d’un titre interrogatif, Simon Lantieri dissimulait une affirmation explicite : la question n’était plus de savoir si l’œuvre valéryenne est aussi une œuvre épistémologique, elle était seulement de déterminer à quel paradigme épistémologique il convenait de la rattacher. Et puisqu’à l’époque, le Néo-Positivisme était (ne l’est-il pas encore quinze ans après ?) l’école épistémologique la plus « moderne » et la plus généralement acceptée par les communautés et les institutions scientifiques, n’était-il pas judicieux d’inviter dès l’abord cette majorité à faire de Paul Valéry une de ses autorités épistémologiques de référence ? Ceci d’autant plus que l’article répondait à la question « Paul Valéry, Néo-Positiviste ? » par un argument ouvert : certes il l’est « un très remarquable néo-positiviste »[2], mais il est sans doute plus que cela, et ce serait appauvrir sa pensée que de l’enfermer dans cette rubrique typologique ! Thèse que Simon Lantieri argumentera peu après, en reprenant son article à l’intention des philosophes, qu’il faut encore (mais pour combien de temps ?) distinguer des scientifiques, au sein d’une étude plus ambitieuse qu’il intitulera « P. Valéry et la Philosophie »[3].

 

Paul Valéry et le nouvel esprit scientifique.

 

Cette reconnaissance de l’originalité et de la portée de la contribution de Paul Valéry à la formation des paradigmes épistémologiques contemporains allait être proclamée publiquement lors d’un colloque académique prestigieux organisé par l’ »éditeur » de la remarquable « édition Pléiade » des Cahiers de Paul Valéry, Madame Judith Robinson-Valéry[4]. Par sa familiarité avec cette entreprise sans doute unique dans l’aventure de la pensée humaine, elle avait su non seulement repérer l’originalité de la contribution proprement épistémologique de P. Valéry, mais aussi convaincre un certain nombre d’éminentes personnalités scientifiques d’y prêter attention et d’en témoigner publiquement lors d’un colloque « tenu à Montpellier en mai 1982 sur le thème «La science et l’homme : l’actualité de la pensée scientifique de Valéry ». Colloque qui allait faire peu après l’objet d’un recueil symboliquement publié dans la collection « Savoir » d’un éditeur scientifique longtemps réputé : « Fonctions de l’Esprit. Treize savants redécouvrent Paul Valéry ». Certes c’est en principe « la pensée scientifique de P. Valéry » plutôt que sa réflexion proprement épistémologique qui est là succinctement exposée et discutée. Mais la ligne de partage entre l’œuvre et ses fondements et méthodes est rarement aisée à tracer et l’on n’est pas surpris par le caractère souvent plus épistémique que spécifiquement scientifique des arguments évoqués dans ces multiples commentaires. Mais le statut épistémologique de la pensée de P. Valéry n’est pratiquement pas discuté : il est présumé accepté d’avance. Pierre Auger conclura : « il me semble que Valéry mérite d’être considéré comme un véritable philosophe de la science… traitant librement des questions les plus difficiles parmi celles qui se présentent à l’homme qui cherche sa place dans l’Univers »[5]. Et, à la question de S. Lantieri « P. Valéry, Néo-Positiviste ? », les éminents scientifiques présents (y compris l’épistémologue J. Bouveresse) répondent « oui » d’emblée, ou plutôt « oui, comme nous », étant entendu que chacun est présumé avoir procédé auparavant au « nettoyage de la situation verbale » que préconisait systémiquement l’auteur de Monsieur Teste : « Valéry peut être considéré comme un héritier d’une tradition «positiviste» au sens large… »[6], assurera J. Bouveresse dans sa conclusion, exprimant ainsi une sorte de consensus que le mathématicien et académicien J. Dieudonné, exprimera avec enthousiasme sous une forme interrogative qui mérite qu’on la relève et qu’on tente d’y répondre :

« Au fond nous ne connaissions Valéry que d’assez loin. Mais à l’occasion du colloque, nous avons découvert chez lui une richesse de pensée et une originalité exceptionnelles, qui lui ont permis de devancer son temps dans presque tous les domaines, ce qui est vraiment extraordinaire. Que peut-on en déduire en ce qui concerne Valéry et l’avenir ? A mon avis, l’œuvre de Valéry, et surtout son œuvre scientifique a un grand défaut : c’est qu’elle n’est pas connue ! Comment se fait-il que des hommes comme M. Prigogine, comme moi-même, nous n’ayons jamais eu connaissance de cette étonnante richesse de la pensée de Valéry et que nous ayons pu pendant des années, jusqu’à un âge très avancé de notre vie, le considérer, en somme, comme un excellent écrivain et rien de plus ? »[7].

 

Comment se fait-il… ?

 

Comment se fait-il que la communauté scientifique n’ait jamais eu connaissance de la richesse de la pensée de Valéry ? Oui, comment se fait-il ? A cette question lucide, ni J. Dieudonné, ni les scientifiques éminents qui interviennent autour de lui (il présidait la deuxième journée du colloque placée sous le thème « mathématiques, physique et épistémologie »), ne proposeront de réponse. Ne mérite-t-elle pas qu’on s’y arrête un instant, surtout si l’on souhaite que les scientifiques de demain ne commettent pas la même irresponsable inattention que ceux d’hier ? (Inattention persistante puisqu’elle conduit encore R. Thom à assurer que « les titres de Léonard de Vinci à la réputation scientifique ne peuvent se comparer à sa gloire artistique »[8] : P. Valéry n’avait-il pas montré, dès 1895, par « l’introduction à la méthode de Léonard de Vinci », l’originalité et la puissance de la méthodologie que Léonard léguait à la science un siècle avant le « Discours de la méthode » de Descartes).

On se propose ici de la discuter, en proposant une interprétation sommairement argumentée : peut-être est-ce parce que la plupart des scientifiques du XXe siècle n’ont guère médité sur le statut des méthodes et les organisations des connaissances qu’ils prétendaient produire, construire ou dévoiler ? En tentant d’argumenter ce procès pour incomplétude de culture épistémologique on court sans doute le risque de se voir accuser par ses propres arguments. Qui oserait prétendre à la complétude de sa culture épistémologique ? Mais le risque est faible et mérite d’être couru, puisque la seule éventuelle sanction de ce procès sera d’inviter les scientifiques (et par eux, les citoyens) à s’exercer sans cesse à quelques méditations épistémologiques renouvelées et renouvelantes. Méditations que la pensée de P. Valéry sait si bien susciter, les articles de B. d’Espagnat et d’I. Prigogine dans « Fonctions de l’Esprit » nous en donnent l’illustration de façon plus convaincante peut-être encore que celle des autres « redécouvreurs » de ce volume, par l’attention qu’ils portent aux questions que posent à la science les concepts fondateurs de Réalité, de Temps ou de Certitude.

En faisant comme si « la réflexion épistémologique de P. Valéry s’intégrait spontanément au sein de « la tradition positiviste au sens large » à laquelle la plupart des scientifiques se référaient (et se réfèrent encore) implicitement, ne court-on pas un risque bien plus grand, celui d’une sclérose par pétrification de la culture scientifique au sein de nos sociétés ? J. Dieudonné appréhendait confusément ce danger en évoquant « la montée actuelle de tendances qui vont contre la science de façon absurde, (la chargeant) de tous les péchés du monde.. »[9]. Mais il ne nous disait pas comment le remède qu’il préconisait (« grâce à une meilleure connaissance de la pensée de Valéry, arriver à convaincre les gens de bonne foi ») permettrait de restaurer le statut présent et futur de la science dans la société. Car ce dont il faut les convaincre c’est peut-être, qu’il ne faut plus faire aveuglément « confiance en les méthodes qui nous ont (fait…) plus progresser depuis 1900 que dans tous les siècles antérieurs », à l’inverse de sa conclusion dont l’involontaire scientisme triomphant devrait faire frémir bien des citoyens.

Judith Robinson-Valéry, en introduisant Fonctions de l’Esprit nous propose sans doute la conclusion épistémologique provisoire que l’on pouvait tirer de cette première discussion ouverte de « l’actualité de la pensée de Valéry » :

« … En fait tout en tirant du positivisme ses apports les plus solides et en le fondant, comme l’ont fait un peu plus tard Wittgenstein ou Carnap, sur une volonté déterminée d’échapper aux pièges du langage, il ne s’y est jamais enfermé… Pour les inconditionnels qui considèrent encore le positivisme comme une marche assurée et triomphante vers la conquête du «savoir», quoi de plus inattendu aussi que les nombreux textes des Cahiers où Valéry insiste sur le caractère nécessairement provisoire et incomplet de toute prétendue «connaissance» scientifique »[10].

Va-t-on entrer alors dans une sorte de « double-bind » Batesonien ? Si nous reconnaissons Valéry comme l’un des nôtres disent les scientifiques du XXe siècle, c’est qu’il est au moins « positiviste au sens large » et probablement « néo-positiviste » par son attention aux pièges du langage. Mais dans le même temps, nous montrons.. scientifiquement…, texte des Cahiers en main, qu’il ne se laissait pas réduire au positivisme, fût-il «néo», ce qui ne devrait pas permettre de le tenir pour un scientifique habilitable par les institutions scientifiques qui régissent aujourd’hui l’enseignement et la recherche des sciences positives !

Chacun comprend que pour échapper au paradoxe il faudra probablement nous proposer une conception de la science moins appauvrissante que celle que nous proposent les épistémologies positivistes (qu’elles soient de type « instrumentaliste » ou de type « réaliste », pour reprendre une distinction classique entre la science-pouvoir et la science-savoir que rappelle J. Bouveresse[11]). Mais le chantier est toujours ouvert. La prégnance des positivismes sur la culture scientifique depuis un siècle tient à leur caractère quasiment achevé : d’A. Comte à R. Carnap par le Cercle de Vienne, le discours est campé, les hypothèses fondatrices sont posées et les principes méthodologiques sont recensés. Il ne suffit pas d’en appeler à une révolution paradigmatique pour établir un paradigme épistémologique alternatif. G. Bachelard l’avait tenté en 1934 en écrivant Le nouvel esprit scientifique ; soixante ans plus tard l’appel à ce nouvel « esprit scientifique » semble toujours aussi… nouveau. L’entreprise de méditation épistémologique sur la nature et les méthodes de la connaissance à laquelle P. Valéry s’initiait dès 1894 en écrivant L’introduction à la méthode de Léonard de Vinci (une méthode scientifique bien antérieure et a priori au moins aussi puissante que celle proposée par le Discours Cartésien !), et qu’il va poursuivre par ses Cahiers pendant cinquante années, ne constitue-t-elle pas une contribution décisive à une telle reconstruction paradigmatique, maintenant qu’elle nous est accessible ? Telle est la thèse que l’on se propose de plaider, ici, à nouveau, en proposant sous une forme abrupte une réponse, à la question que posait S. Lantieri en 1979 : P. Valéry, néo-positiviste ? : Non, P. Valéry constructiviste !

 

Paul Valéry constructiviste, « la revanche de l’infini ».

 

Sous cette forme abrupte, la proposition irritera sans doute plus d’un lecteur, lecteur qu’il faut apaiser en l’assurant que dans un instant on va nuancer et enrichir assez le propos pour qu’il soit recevable. Mais ne faut-il pas d’abord inviter ce lecteur à un acte de probité : il ne suffit pas de nier une appartenance pour rendre intelligible une identité, et il ne suffit pas de récuser le positivisme pour caractériser la légitimité d’un énoncé scientifique. J. Bouveresse rappelle que « le mot «positivisme» ne fonctionne plus guère de nos jours que comme une injure »[12], mais il ne souligne pas le fait que cette injure masque une démission intellectuelle. La plupart des scientifiques depuis une quinzaine d’années veillent à préciser qu’ils n’appartiennent pas à la catégorie des « positivistes ou des réalistes ou des naturalistes ou des matérialistes bornés » ; mais cette dénégation suffit-elle à les présenter loyalement ? S’ils ne nous disent pas à quelles hypothèses ou à quelles croyances ils se réfèrent pour argumenter les énoncés enseignables qu’ils sont présumés produire, comment pourrons-nous interpréter leur discours ? Toute épistémologie est un contrat social : convention implicite en général (c’est le cas des « positivismes au sens large » aujourd’hui, au moins dans les cultures scientifiques occidentales), ou explicite. La ruse qui consiste à dénier la convention implicite (« je ne suis pas positiviste ») sans expliciter le paradigme épistémologique alternatif de référence permet sans doute de bénéficier de la caution indulgente de l’Institution scientifique (laquelle ne demande pas à tout instant la carte d’identité épistémologique et la profession de foi de ses ressortissants !). Afficher son anti-positivisme sans annoncer ses références épistémiques c’est « demander le beurre (l’anti-positivisme) avec l’argent du beurre (le positivisme) ». Plus trivialement encore, c’est « cracher dans la soupe ». Ruse aux mille formes possibles : C. Allègre (1995), il y a peu, proposait de désigner « platonisme » le corps de croyances habituellement regroupées au sein des positivismes ; en se proclamant anti-platonicien, il peut revendiquer son appartenance à une épistémologie institutionnelle dont il ne prononce pas le nom et qui est précisément, par convention sociale implicite, « positiviste au sens large ». De telles ruses ne permettent que de tenir quelques années ou quelques décennies. Mais ne relèvent-elles pas de l’acharnement thérapeutique ? Indispensables aussi longtemps que nul paradigme alternatif n’est suffisamment élaboré, elles deviennent dangereuses si elles interdisent les efforts de construction de ces alternatives. H.-A. Simon l’illustrait plaisamment dans la conclusion de son « Discours Nobel » de 1978, par un dicton anglo-saxon qui s’applique aussi bien aux candidats politiques qu’aux théories scientifiques ou aux paradigmes épistémologiques « You can’t beat something with nothing »[13]. Ne sera-ce pas le projet de ces méditations épistémologiques dont nous reconnaissions à nouveau la pertinence et la nécessité en lisant « Fonctions de l’Esprit » que de tenter de construire et de reconstruire sans trêve de telles alternatives épistémologiques et de les présenter sous des formes « communicables » ? Le fruit de ces méditations fut longtemps présenté sous le label des « nominalismes » ; si aujourd’hui il paraît légitime de les présenter sous la bannière des « constructivismes » depuis que L.-J. Brouwer dans les années vingt et J. Piaget dans les années soixante ont restauré et réactualisé cette « catégorie » — ou plutôt, selon le mot de P. Valéry ce « signe indiquant des transformations », Cahiers II, 855 — il n’est pas surprenant d’observer que Valéry ait été reconnu comme « résolument nominaliste » tant par S. Lantieri (dans ses « réflexions sur le surhomme valéryen ») que par M. Jarety interprétant « Valéry devant la littérature »[14], ou par P. Signorile[15] interrogeant sur « la pensée épistémique de Valéry (qui) s’apparente à celle d’un nominalisme critique du type de celui énoncé par Poincaré ». Si aujourd’hui il est possible de présenter sous une forme communicable les épistémologies constructivistes comme la forme moderne et argumentée du nominalisme, en leur donnant ainsi l’enracinement historique qui leur manquait sans doute encore dans les présentations de J. Piaget et a fortiori de L.-J. Brouwer, c’est sans doute pour part non négligeable grâce aux apports innombrables que les méditations valéryennes leur ont apporté lorsque nous avons pu et su les lire à partir de l’édition Pléiade des Cahiers et des premières interprétations que nous ont proposé Judith Robinson-Valéry puis Simon Lantieri. Pour avoir été témoin de l’attention qu’un des pionniers des épistémologies constructivistes dans la culture anglo-saxonne, E. Von Glasersfeld, a accordé aux Cahiers de P. Valéry lorsqu’il les a découverts, je crois pourvoir souligner l’importance de cette filiation valéryenne dans la genèse du constructivisme tel qu’il se déploie depuis une quinzaine d’années sur des bases désormais épistémologiquement assurées.

On a en d’autres lieux[16] proposé une sorte d’ »exposition contrastée » des hypothèses, croyances gnoséologiques et principes méthodologiques, sur lesquels se développent les épistémologies constructivistes contemporaines s’instituant en paradigme alternatif de celui qui fonde les épistémologies positivistes et réalistes contemporaines. En parcourant cette exposition, le visiteur ne pourra pas ne pas remarquer la fréquence des références à la pensée épistémologique de Valéry auxquelles les constructivismes contemporains ne peuvent pas ne pas faire appel. Sans doute J. Piaget publiant en 1967 « Logique et connaissance scientifique »[17] (le texte refondateur du constructivisme dialectique du XXe siècle) n’avait-il pas eu l’occasion d’être attentif à la pensée épistémologique de P. Valéry, mais l’édition Pléiade des Cahiers ne parut qu’en 1973-1974. Et réciproquement, il ne semble pas que Valéry ait eu l’occasion de connaître les travaux de J. Piaget dans les années trente (notamment « La construction du réel chez l’enfant » 1937, qui, par bien des formules, apparaît « d’inspiration valéryenne » : « L’intelligence… organise le monde en s’organisant elle-même »[18]). Mais nous ne disposons pas encore de toutes les traces des lectures qui l’intéressèrent ou qui l’influencèrent : une remarque incidente de L. Von Bogaert[19] (interrogé par J. Robinson Valéry, dans « Fonctions de l’Esprit »[20]) évoquant les références dont pouvait disposer P. Valéry dans les années vingt-trente sur la neuro-psychologie[21], incite à penser qu’il était au moins attentif aux recherches sur les fondements épistémologiques de la psychologie ; attention qui l’a peut-être conduit à l’œuvre de J. Piaget ?

En limitant notre propos à quelques commentaires qu’inspire telle ou telle page de « Fonctions de l’Esprit », que l’on peut présenter ici comme l’hommage que le positivisme-réalisme institutionnel rend au constructivisme encore en genèse par la médiation bienvenue de Valéry, on peut se proposer d’illustrer localement notre thèse de la contribution valéryenne aux épistémologies constructivistes telles qu’elles se déploient à la fin du XXe siècle.

 

Sur les hypothèses gnoséologiques du constructivisme

 

         Sur l’hypothèse phénoménologique :

 

« Nous ne connaissons que des opérations, c’est-à-dire des actes et ce qu’il faut pour ces actes »[22]. J.M. Rey[23] soulignait après bien d’autres cette « préoccupation majeure de la démarche de Valéry, l’attention au processus, au faire plutôt qu’au fait ». Si l’argument est très généralement accepté et salué, il est fort vite oublié dans les pratiques scientifiques positives qui ne savent aisément connaître et manipuler que le fait, la substance, l’essence invariante, seule passible d’un statut ontologique. Quelques piques de J. Dieudonné et de R. Thom dans leurs articles de « Fonctions de l’Esprit » permettront peut-être de mettre en évidence cette défaillance dont les conséquences sur l’activité scientifique contemporaine sont peut-être importantes.

« Mais par contre — écrit J. Dieudonné — dès 1895 la notion de groupe était devenue très claire : or lorsqu’on tombe sur des phrases comme (la) suivante : «La psychologie n’est peut-être que l’étude d’un groupe absolu de substitution»[24]…, il est difficile de ne pas reconnaître que dans l’usage qu’en fait Valéry à tout propos et hors de propos il en parle à tort et à travers… »[25]. Reprenant cet argument R. Thom ajoutera : « Il y a dans la fascination que Valéry jeune éprouva pour les mathématiques une leçon à tirer : il est dangereux de se retrancher derrière les vocables mathématiques dont on ne domine pas entièrement le contenu. Le psychologue J. Piaget a connu, lui aussi, tout fasciné qu’il était par les groupes et les structures, une mésaventure analogue »[26].

L’accusation, portée contre un auteur particulièrement attentif au « nettoyage de la situation verbale »[27] serait grave si elle était fondée. Mais l’arrogance des mathématiciens (Valéry accusé de parler « à tort et à travers ») ne doit peut-être pas faire illusion. Négligeons le fait que les formules incriminées sont lues dans les Cahiers et ne sont pas a priori destinées à une publication en l’ »état » : brouillons qui se présentent comme tels. Revenons plutôt au statut épistémologique d’une définition en général et à celui de la définition du groupe proposée (depuis 1895 ?) par les mathématiques. J. Dieudonné se veut indulgent en précisant (à propos de la définition des nombres) : « Il faut dire à sa décharge qu’il (Valéry) n’a pu connaître l’aboutissement de la grande entreprise de formalisation des mathématiques qui a dissipé toutes les obscurités (sic) en renonçant à définir les mots par d’autres mots à l’instar des philosophes… (puisque) c’est seulement vers 1940 que le point de vue formaliste a été adopté par l’immense majorité des mathématiciens »[28]. Si P. Valéry avait pu prendre connaissance de ces circonstances atténuantes, on peut penser qu’il les aurait tenues pour saugrenues : il n’avait pas attendu la victoire de Hilbert et des formalistes (victoire qui se traduisit par l’ »occupation brutale » de la mathématique par les formalistes et les bourbakistes pendant plus de cinquante ans), pour dénoncer les « obscurités » suscitées par les philosophes « définissant les mots par d’autres mots ». S. Lantieri le rappelait après bien d’autres dans son article « P. Valéry et la philosophie » de 1984 : « Chez Valéry, la critique de tout discours philosophique appelle une critique préalable sur les déficits du fonctionnement syntaxique et grammatical, même lorsque celui-ci obéit strictement aux règles de son propre usage fixé catégoriquement »[29]. Et la plupart des interprètes s’accordent même pour dater cette prise de position de la « nuit de Gênes » (oct. 1892) ou des mois suivants. (« Il n’y a ni concepts, ni catégories, ni universaux, ni rien de ce genre. Ce qu’on prend pour de telles choses ce sont des signes indiquant des transformations »[30], ou encore : « Il n’y a ni temps, ni espace, ni nombre en soi, ni causes, ni… Il n’y a que des opérations. C’est-à-dire des actes, et ce qu’il faut pour ces actes »[31]).

Mais faut-il se laisser arrêter par l’assurance du propos du mathématicien, qui prête aujourd’hui à sourire lorsqu’on est attentif à la renaissance du constructivisme et de l’intuitionnisme au sein des mathématiques depuis le début des années 80, sous le couvert notamment de l’analyse non-standard et d’un « retour de Poincaré » dans l’étude des systèmes non linéaires ? A. Lichnerowicz, dans « Fonctions de l’esprit »[32] saura le souligner en contrepoint :

« A lui (Valéry) que les réticences de Poincaré concernant les théories des nombres entiers (…) ont toujours intrigué, l’apparition et l’usage de l’analyse dite «non-standard», riche de nouveaux entiers et réels, et renouvelée à bien des points de vue, de son cher Leibniz au détriment de Cauchy, auraient été sources fécondes de réflexions nouvelles ».

Cette renaissance contemporaine des mathématiques constructivistes et intuitionnistes, qui corrobore en quelque sorte la pertinence et l’originalité de la pensée valéryenne indifférente aux interdits des « formalistes » n’a-t-elle pas été rendue sensible depuis par les grandes traductions en français des « vaincus de 1928″, L.-J. Brouwer et les « constructivistes radicaux », publiées et remarquablement présentées par J. Largeault sous le titre « Intuitionnisme et théorie de la démonstration » (1992) ? Dès lors, reprenant les interpellations de J. Dieudonné et de R. Thom, on est conduit à s’interroger sur ce que pourrait être le procédé « permettant de définir les mots par autre chose que par d’autres mots ». La réponse de Valéry à cette question est connue et constitue même un de ses « requisits épistémologiques » rappelait S. Lantieri : J. Dieudonné la rappelle sommairement pour la contester plus sommairement encore. Rappelons en les termes par la référence la plus connue sans doute parce que Valéry a l’audace de contester une position attribuée à Poincaré, crime de lèse-majesté-mathématique sans doute (ce qui ne l’empêchait pas de bien connaître et d’admirer l’œuvre de Poincaré) :

« Poincaré doutait qu’on puisse définir un nombre. Painlevé, à qui j’ai parlé (très brièvement) de cette question me semble partager cet avis. Je pense le contraire. Ces messieurs doivent confondre nombre et pluralité. Je vois un tas de pierres. Je ne sais pas combien elles sont. Je fais le compte et j’ai un nombre. Décrire ce que je fais est la définition du nombre… On ne compte que des actes et on pense (sans le savoir) autant d’objets, autant d’actes »[33].

La définition est la description d’un acte : une notion doit pouvoir être définie de façon instrumentale par la réalisation ou la description de sa construction. J. Dieudonné conteste le statut mathématique de ce mode de définition arguant de la nécessaire distinction entre « le processus de genèse et le caractère abstrait et axiomatique des concepts »[34]. Distinction que P. Valéry ne conteste pas, mais dont il montre qu’elle n’affecte pas le statut de la définition puisqu’elle est implicite (« on ne compte que des actes et on pense, sans le savoir, autant d’objets »).

Si bien que l’on peut se demander si J. Dieudonné (comme ailleurs R. Thom) ne lui fait pas un procès d’intention : n’étant pas mathématicien institué, il ne saurait avoir le dernier mot en matière de définition ? La question serait insolente s’il nous disait comment définir le groupe ou le nombre autrement que par un des deux procédés qu’identifiait P. Valéry : par d’autres mots, procédé dit des philosophes, que Valéry conteste et que les mathématiciens déclarent contester — au moins les « formalistes » ; ou « par des opérations, c’est-à-dire des actes » instrumentés par le sujet qui définit, procédé que Valéry revendique et que les mathématiciens de la tradition constructiviste-intuitionniste font leur. Procédé qui en effet conduit à différencier par exemple le nombre et la pluralité si l’on veut définir l’infini ou le continu mathématique (c’est sans doute les questions difficiles posées par cette distinction qui incitaient Poincaré à hésiter sur une définition du nombre qui ferait perdre en économie de moyens ce qu’elle fait gagner en rigueur). Or dans ces textes, J. Dieudonné ne nous dit rien d’un éventuel « troisième procédé » de définition, sans doute parce que les formalistes sont, pour ce faire, acculés à l’arbitraire d’une axiomatique qui les ramènera toujours à « définir les mots par d’autres mots ». L.-J. Brouwer l’avait montré sur l’exemple fameux de « l’axiome du tiers exclu ». Pour ne pas rendre sensible cet arbitraire, les mathématiciens n’hésitent pas en pratique à se référer au procédé de « la définition par un acte ». J’en veux pour preuve la définition de la notion de groupe que proposait J. Dieudonné lui-même dans son article de l’Encyclopœdia Universalis consacré à la notion de groupe (plus spécifiquement de « groupe linéaire général d’un espace vectoriel ») : « On appelle groupe linéaire général de E, le groupe de tous les automorphismes de l’espace vectoriel E (ou transformations linéaires de E en lui-même)… »[35]. Pour définir un groupe, on décrit son action : les transformations de E en lui-même ; on « décrit des actes dans un contexte et on pense, sans le savoir à un groupe », dirait P. Valéry.

 

Si l’on a quelque peu insisté sur cet exemple, c’est parce qu’il semble refléter une réelle difficulté dans les pratiques modélisatrices de l’activité scientifique contemporaine. La prégnance des « réquisits positivistes » est telle que la modélisation semble souvent devoir se réduire à une modélisation mathématique formaliste, ou bourbakiste : modélisation qui s’est dotée, d’une symbolique dite ensembliste, elle-même fort mal adaptée à « la description des actes dans leur contexte », si elle l’est bien à la manipulation d’images stables de substances ou de choses séparables de leur contexte. P. Valéry avait perçu cette difficulté et on trouvera souvent dans les Cahiers les traces d’un appel à quelques nouvelles notations (« une bonne notation entraîne des inventions ») et à des « nombres plus subtils » (N + S) qui manquent encore si souvent à la pensée cherchant à exprimer les actes et ses actes. Peut-être sera-ce une des contributions les plus décisives de l’épistémologie valéryenne aux prochains développements des épistémologies constructivistes que cette invitation à un enrichissement de la symbolisation par laquelle s’instrumente la modélisation ? G.-G. Granger n’en appelait-il pas déjà à une « mathématiques de la qualité »[36]  lorsqu’il réfléchissait sur nos méthodes de modélisation des phénomènes économiques ? Sans doute n’avait-il pourtant pas connaissance de la critique étonnamment « moderne » que P. Valéry pouvait publier en 1896, dans la R.G.D.L.[37] d’une nouvelle édition des « Eléments d’Economie Politique pure » de L. Walras, critique qui l’aurait conforté dans son invitation. Après avoir chaleureusement « approuvé la direction de ses travaux et apprécié l’effort qu’il fait… pour développer une Economie Mathématique », Valéry s’exerce à une critique sévère des « négligences » épistémologiques de la construction walrasienne et souligne l’insuffisance de « l’analyse primitive des faits qui doit précéder l’analyse mathématique », ce qui conduit à une « définition assez embarrassée de la valeur et du prix à cause de l’insuffisance du contexte… ». Lorsqu’on lit, un siècle plus tard, les travaux des économistes mathématiciens héritiers de Walras, on regrette qu’ils n’aient toujours pas pris au sérieux la pertinence de la discussion épistémologique du jeune Valéry[38] (il a 26 ans lorsqu’il écrit ce compte-rendu que l’on retrouve dans les « Notes » de l’Edition Pléiade des Œuvres[39]).

 

         Sur l’hypothèse téléologique :

 

« La finalité, un expédient d’expression d’ailleurs inévitable. Nous n’avons que le modèle «action prévue et voulue pour tel but»… ». En relevant dès 1963 (dans son article sur « l’analyse de l’esprit dans les Cahiers de Valéry », repris dans le recueil des « Critiques et Valéry » de J. Bellemin-Noèl)[40] cette prise de position téléologique audacieuse de P. Valéry, J. Robinson-Valéry soulignait une de ses rares formules par lesquelles il explicitait « l’identité qu’il établit entre le significatif et le fonctionnel »[41]. Lorsqu’il écrit entre 1894 et 1945, le concept de téléologie est pratiquement banni du discours scientifique et philosophique, bien que sa paternité appartienne à Kant (F. Jacob[42] observera plaisamment que cette opprobre se poursuivait encore trente ans après, même si N. Wiener en 1945 puis H.-A. Simon, en 1983 il est vrai, l’avaient sérieusement restauré). Le concept sent encore un peu le soufre, au moins dans les écoles d’obédience positiviste et réaliste (qui l’associent souvent encore au finalisme voire à l’entéléchie) ; mais puisqu’il constitue l’identifiant légitime de l’alternative du (ou des) déterminismes (ou au moins des causalismes), on comprend que les épistémologies constructivistes cherchent aujourd’hui à se l’approprier : elles caractérisent ainsi leur deuxième hypothèse gnoséologique par contraste avec les diverses variantes de l’hypothèse déterministe qui caractérisent les gnoséologies positivistes et réalistes.

Et Valéry, s’il n’affiche pas expressément son option téléologique (qu’il baptise souvent « fonctionnelle » dans le sens anglo-saxon du terme, pour lequel la « function » exprime fréquemment la finalité), affiche volontiers son attitude critique à l’égard du déterminisme, ce qui le conduit à « l’inévitabilité » de l’hypothèse (qu’il qualifie narquoisement d’ »expédient ») de la finalisation du système modélisant et, par lui, du système finalisant.

C’est à I. Prigogine que l’on doit, dans « Fonctions de l’Esprit » l’investigation la plus audacieuse de la position de P. Valéry sur le déterminisme : en reprenant quelques formules fortement frappées des Cahiers, il révèle publiquement ce que l’on tentait discrètement de dissimuler pour permettre aux positivismes et réalismes d’en appeler benoîtement à la caution incidente de P. Valéry. « Le principe du déterminisme n’est-il pas une conquête des sciences positives, rappelle I. Prigogine citant quelques formules de Durkheim (1912), postulat sur lequel elles reposent »[43]. En regard, il reprend quelques commentaires non ambigus de P. Valéry : « Qu’on le veuille ou non, un dieu est posé nécessairement dans la pensée du déterminisme — et c’est d’une rigoureuse ironie »[44] ; « Le déterminisme — subtil anthropomorphisme — dit que tout se passe comme dans une machine telle qu’elle est comprise par moi »[45]. Et il propose un rapprochement qui semble très fécond de la pensée épistémologique de Valéry avec celle de Peirce, rapprochement qui n’a pas encore été tenté semble-t-il :

« Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que chez Valéry autant que chez Peirce, l’attitude critique n’entraîne pas une volonté d’envisager les problèmes en dehors du cadre de la science ; elle est au contraire une invitation à une construction nouvelle, qui continue à se situer dans le domaine d’une rationalité étendue… »[46]. Cette « conscience aiguè de la complexité du devenir, rebelle à toute description entièrement déterministe comme à toute idée d’évolution chaotique » ne lui faisait-elle pas « ressentir intensément l’écart qui se creuse… entre cette complexité et des concepts schématiques comme «la causalité» ou «le déterminisme» »[47] ?

R. Thom, qui se fait depuis longtemps le héros d’un postulat déterminisme radical, ne pouvait bien sûr pas garder le silence sur cette position opérationnaliste (et donc intentionnalisante ou téléologique) de P. Valéry malgré « la fascination que sa personnalité et certains de ses écrits » exercent sur lui depuis sa jeunesse : la critique valéryenne de la causalité l’embarrasse beaucoup et il l’attribue à « l’entêtement avec lequel Valéry s’en est tenu à cette position pragmatiste et conventionnaliste »[48].

Les objections qu’il élève contre cette conception ne concernent manifestement pas le constructivisme de Valéry : pragmatisme et conventionnalisme conduiraient, assure R. Thom, à une science décrivant un « univers magique dépourvu d’intelligibilité », et elles la priveraient des vertus heuristiques de l’hypothèse de causalité « qui reste un des plus puissants moyens d’introduire l’intelligibilité dans les phénomènes »[49]. Si l’on accepte, avec P. Valéry, d’entendre l’intelligibilité des phénomènes en son sens à la fois pluriel et plausible (« les » interprétations de l’action dans l’univers), l’objection ne tient manifestement pas : nul plus que lui n’a revendiqué avec autant d’insistance une volonté d’intelligibilité (ou de compréhension) de la seule question que l’on peut adresser à la science : « Que peut un homme ? ». Et il a souvent souligné la vertu heuristique de l’hypothèse de causalité « qui n’est qu’une possibilité de construction »[50] une intelligibilité parmi d’autres possibles, une possibilité parmi d’autres envisageables… La science en effet perd le privilège que lui auto-attribuaient les positivismes de dire « le seul intelligible qui est la seule vérité ». Mais rien dans ce postulat positiviste ne contraint la raison humaine à ignorer les possibles sous le prétexte qu’un scientifique éminent déclare avoir identifié « le seul nécessaire ».

Entre les deux positions relativement extrêmes de Thom et de Prigogine sur la nécessité épistémologique de l’hypothèse déterministe, la position du physicien théoricien B. d’Espagnat mérite d’être soulignée pour notre propos : celui-ci veille en effet à examiner de façon scrupuleuse la « position » de l’épistémologie valéryenne par rapport aux hypothèses fondatrices des épistémologies réalistes et positivistes. Sa discussion porte davantage sur l’examen de l’hypothèse ontologique que sur l’hypothèse déterministe, mais pour un physicien, il est malaisé de reconnaître « la réalité de la réalité » sans lui attribuer aussitôt une « structure qui la détermine » :

« Je pense comme Einstein que la régularité des phénomènes et l’accord intersubjectif… méritent une explication. Et il me semble que la seule explication que l’on puisse avancer, c’est précisément de faire référence à une réalité indépendante de l’homme, qui serait structurée…

Mais je ne suis pas sûr qu’il ait raison quand il dit que cette réalité doit être entièrement descriptible par la physique ; parce que, certes, c’est là un espoir que l’on peut avoir a priori, mais ce n’est pas une nécessité. Aussi mettons-nous ce point en réserve…

… Je crois à un « réel voilé » indescriptible, et dont la matière et la conscience seraient les deux faces… s’engendrant réciproquement…

Aurais-je en ceci l’acquiescement de Valéry ? Je dois dire que je doute beaucoup que la réponse soit positive. A trop d’endroits il a dénoncé les notions de « réel » ou d’ »être », comme étant de faux concepts… et cependant je ne suis pas tout à fait certain que j’aurais rencontré l’opposition de Valéry… (qui…) refuse de choisir entre les deux thèses : « Le monde est ma représentation » et « le monde englobe (..) ma représentation.[51] Ces deux thèses sont opposées : il les pose l’une et l’autre… et me semble-t-il il refuse de choisir nettement ».

Si P. Valéry « refuse de choisir nettement », n’est-ce pas parce qu’il ne veut exclure a priori aucun possible ? La téléologie constructiviste n’exclut pas, par passage à la limite (la cause finale se réduisant éventuellement à la cause efficiente, dans une formulation aristotélicienne : le but du système est d’obéir à une loi invariante qui lui est exogène), la considération de l’hypothèse déterministe, mais elle ne s’y réduit pas a priori. En rappelant la position pragmatique de P. Valéry, B. d’Espagnat nous rappelle avec probité « qu’aucune (position épistémologique) ne s’impose d’elle-même »[52] que son choix soit différent de celui de Valéry et des hypothèses gnoséologiques du constructivisme, cela ne condamne a priori ni les unes, ni l’autre. Attitude plus scientifique me semble-t-il que celle de R. Thom condamnant Valéry pour « son entêtement » (… à ne pas s’enfermer dans le même système de croyance que le sien !).

 

Sur les principes méthodologiques du constructivisme

 

Les études que reprend « Fonctions de l’Esprit » seront plus laconiques sur les principes méthodologiques fondant une épistémologie valéryenne qu’elles ne l’étaient sur les hypothèses gnoséologiques. Sans doute parce que les ukases méthodologiques que s’étaient imposés les positivismes au siècle dernier (« La méthode scientifique, analytique et hypothético-déductive ») se sont quelque peu relâchés sous la pression de l’expérience : on se souvient de l’étonnante tolérance des institutions scientifiques à l’égard du célèbre pamphlet de P. Feyerabendt : « Contre la méthode ». Laconisme qui nous autorise à évoquer plus brièvement ici les contributions que nous demanderons à P. Valéry face à l’argumentation des principes méthodologiques du constructivisme. Mais ne faudrait-il pas pourtant s’étonner de cette inattention ? Car la contribution de la pensée valéryenne à la méthodologie de « la science en acte » (« il n’y a de science que des actes »)[53] nous apparaît aujourd’hui comme considérable. Certes bien des pages de « l’introduction à la méthode de Léonard de Vinci » ou de « Eupalynos ou l’architecte » avaient-elles déjà fait entrevoir la richesse des « moyens de pensée » que suscite chez P. Valéry « la pensée du moyen pour construire », selon l’heureuse formule de P. Signorile dans « Ecriture de l’Espace, Ecriture du corps »[54]. Mais avant la publication de l’édition Pléiade des Cahiers, la pensée valéryenne n’était pas reçue comme une contribution à l’épistémologie. La parution de « Fonctions de l’Esprit » va témoigner de cette transformation culturelle, que la lecture même superficielle des Cahiers rend en quelque sorte inévitable. Mais on est surpris du décalage entre l’abondance et la richesse des réflexions consacrées par P. Valéry à l’examen de « nos moyens de compréhension, qui se résument en faire », et le silence prudent de la plupart des contributeurs des « fonctions de l’esprit » sur les contributions du « système valéryen » à « l’art de penser ». Ce décalage ne tient-il pas de leur prudence épistémologique ? : Lorsque Valéry assure que « Les vérités sont choses à faire et non à découvrir ; ce sont des constructions et non des trésors »[55], il transforme les règles du jeu scientifique en des termes que les scientifiques positivistes et réalistes tiendront pour trop novateurs pour qu’on les accepte explicitement. Le principe de modélisation analytique et le principe de raison déductive suffisante ont suffisamment fait leurs preuves depuis que Descartes et Leibniz nous les ont proposés, pour que l’Institution scientifique envisage sérieusement de leur proposer des énoncés méthodologiques alternatifs. C’est pourtant ce que fait souvent Valéry, et on devine l’embarras de l’épistémologie institutionnelle que représentent implicitement ces « treize savants redécouvrant P. Valéry ». Embarras discret que l’on peut dissimuler… en parlant d’autre chose, pour n’avoir pas à relever « l’incongruité épistémologique » apparente (du point de vue positiviste) de telles ou telles des propositions de la méthodologie scientifique valéryenne.

 

         Le principe de modélisation systémique.

 

En reconnaissant dans « le système de transformation Corps-Esprit-Monde (C.E.M.) » le principe de « l’épistémologie valéryenne de la création », S. Lantieri mettait pourtant l’accent sur le caractère très « systémique » de la méthodologie valéryenne de la modélisation : « on constate… chez Valéry l’absolue nécessité d’une étude du fonctionnement, non de tout système, car même s’il élabore déjà une systémique dont l’âme est cybernétique, et si le vivant est l’objet d’une attention passionnée, c’est l’étude lancinante du fonctionnement de son système, c’est-à-dire de l’ensemble des relations C.E.M. vécue personnellement comme une ouverture spirituelle individuelle, qui est le terrain de son inlassable thématique » écrira-t-il dans une étude originale intitulée « L’œuvre ouverte chez P. Valéry et U. Eco. » (19). Cette « ouverture permanente du système CEM qu’il est impossible de clore ou de refermer sur lui-même », « infini sous forme finie »,[56] va permettre à la pensée valéryenne une sorte de dépassement spontané de la modélisation cybernétique telle qu’elle apparaîtra à partir de 1950 (le livre manifeste de N. Wiener, Cybernetics, paraît en 1948, et « Cybernetics Modeling » de E. Klir et I. Vallach paraît en 1968), pour atteindre presque naturellement le paradigme de la modélisation systémique, ou ouverte, qui ne pénétrera les cultures scientifiques occidentales qu’à partir des années 70, par la médiation, ici décisive je crois, d’Edgar Morin écrivant en 1973 « Le paradigme perdu » et en 1976 le premier tome de « La méthode ». N’est-il pas remarquable que la puissance modélisatrice du concept d’organisation entendu dans sa complexité, qu’E. Morin placera au coeur de « La Méthode » ait été reconnue et proclamée par P. Valéry dès 1920 dans les Cahiers : « L’organisation, la chose organisée, le produit de cette organisation et l’organisant sont inséparables »[57]. P. Signorile mettra très heureusement en valeur la puissance créatrice de cette « compréhension systémique du monde » que développe P. Valéry : « Qu’il utilise (les concepts) d’unité, de tout et de parties, ou qu’il procède à des liens entre les parties et le tout, Valéry fait une analyse poïétique »[58]. Une formule souvent citée de Valéry dans « Eupalinos ou l’architecte » nous révèle combien l’instrumentation de la modélisation systémique contemporaine est héritière de la modélisation dialectique que « l’inventio » de la rhétorique avait depuis si longtemps reconnue dans sa fécondité : « Et je développais une méthode sans lacune. Où ? — Pourquoi ? — Pour qui ?— A quelle fin ? — De quelle grandeur ? — Et circonvenant de plus en plus mon esprit, je déterminais au plus haut point l’opération de transformer une carrière et une forêt, en édifices, en équilibres magnifiques !… »[59].

 

         Le principe d’action intelligente, … ou de l’art de penser.

 

Sans doute serait-il plus judicieux de baptiser, par symétrie avec le leibnizien « principe de raison suffisante » ce principe comme étant celui de la raison délibérante ou de la raison avisante. Mais depuis que H.-A. Simon et A. Newell ont emprunté à J. Dewey, en 1976 (dans leur célèbre « Conférence Turing », ce label de l’action intelligente pour désigner toutes les formes d’exercice « intelligent » de la raison, il semble caractériser de façon satisfaisante le second principe méthodologique des épistémologies constructivistes. Simon Lantieri soulignait volontiers l’attention que P. Valéry avait, dès les premières années des Cahiers, consacré aux multiples formes « d’interprétation des signes », en reconnaissant « les présupposés épistémologiques des thèmes et thèses qui, de Peirce à Valéry et U. Eco en passant par Morris, Bloomfield, voire même Korzybski, ont sous-tendu toute la problématique de l’interprétation des signes » (L’œuvre ouverte, chez P. Valéry et U. Eco). Il argumentera ce thème valéryen de l’interprétation entendue dans sa liberté rhétorique, entre induction, rétroduction et abduction, en rappelant[60] la définition que Valéry donne de l’art de penser, irréductible à la seule logique déductive que privilégiait depuis trois siècles dans tous les systèmes d’enseignement « la logique de Port Royal ».

« Il n’y a qu’une philosophie de concevable — et ce serait un art de penser. Car il y a un art de penser comme de marcher, de respirer, de manger — et d’aimer. Cet art doit être indépendant de ce que l’on penser. On a cru que la logique était cet art : elle n’en est qu’une partie et un moment. Il faut, avant la logique, préparer ce qu’elle aura à conserver et à ordonner. Cet art est de transformer, de distinguer, d’évaluer. En un mot de reconnaître et de développer les pouvoirs »[61].

L’art de penser n’est pas seulement celui de la logique déductive qui permet et ne permet que la production d’une connaissance qui soit une « reconnaissance platonicienne », celle du célèbre dialogue du Ménon : il est celui qu’exprime l’exercice de « la découverte dans le construire » de la raison s’exerçant « à transformer, à distinguer et à évaluer », téléologiquement, des systèmes de symboles.

 

La contribution de P. Valéry aux nouvelles sciences de la cognition.

 

Cette méditation sur l’art de penser entendu enfin dans son intelligible complexité (« la revanche de l’infini sur la clôture, la fermeture », conclura S. Lantieri dans « La création dans les sciences et les arts selon P. Valéry »), ne rejoint-elle pas celle à laquelle nous invitait J. Robinson-Valéry introduisant les « fonctions de l’esprit ». Invitation que l’on reprend d’autant plus volontiers ici que les éminents contributeurs de ce colloque sur « la science et l’homme, actualité de la pensée de Valéry » ne l’ont peut-être pas tous entendu, avec la même curiosité impatiente.

« L’œuvre de Valéry pose une autre question sans doute plus importante pour l’avenir de la recherche, sur quelque domaine qu’elle porte : quels sont les différents types de rapports entre les deux réseaux de phénomènes complémentaires que la science explore ensemble sans en être toujours consciente, le monde extérieur et le monde intérieur de l’esprit ?… Valéry s’était rendu compte que sans une compréhension détaillée des mécanismes mentaux à travers lesquels tout regard porté sur l’univers et toute information venue de l’Univers sont filtrés, la science restera forcément incomplète. C’est pourquoi les trois questions : comment l’esprit fonctionne-t-il ? Comment pense-t-il ? Et comment crée-t-il ? (…) se situent nécessairement au centre de la spéculation scientifique, liant indissolublement l’exploration des galaxies, des atomes et des cellules vivantes à celles de notre cerveau humain. D’où le titre du colloque : «La Science et l’Homme»… »[62].

Lorsque J. Robinson Valéry écrit ces lignes en 1982, l’émergence des sciences de la cognition est encore à peine visible dans les communautés scientifiques occidentales : elle ne milite pas pour un discours « utilitariste » qui va bientôt inhiber leur développement par une sorte de laxisme épistémologique souvent inconscient encore. Elle se laisse porter par l’appel à « l’aventure infinie » de la pensée que P. Valéry avait su entendre et vivre. En reprenant cette méditation aujourd’hui, et en l’enrichissant des multiples apports que S. Lantieri et ses amis valéryannistes ont su rassembler depuis, peut-être saurons-nous aujourd’hui réactiver le développement épistémologique des sciences de la cognition, lesquelles récursivement nous inciteront à construire sans fin les paradigmes épistémologiques qui nous permettront de ne plus séparer la Science et l’Homme, le Savoir et le Faire, « le Corps et l’Esprit et le Monde », « l’infini sous la forme finie » des fonctions de l’esprit.

 

 

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[1] Simon Lantieri, 1979, Paul Valéry, Néo-Positiviste ?, La revue des Lettres Modernes, n° 3.

 

[2] Ibid supra p. 155.

 

[3] Simon Lantieri, 1984, « Paul Valéry et la philosophie », Paris, Oeuvres et critiques, IX, ed. J.M. Place et G. Narr.

 

[4] J. Robinson-Valéry avait déjà souligné cette contribution épistémologique de P. Valéry dans son étude de 1963 : « L’analyse de l’esprit dans les Cahiers de P. Valéry ».

 

[5] « Fonctions de l’Esprit. Treize savants redécouvrent Paul Valéry », p. 220.

 

[6] id. p. 277.

 

[7] « Fonctions de l’Esprit. Treize savants redécouvrent Paul Valéry », p. 275.

 

[8] « Fonctions de l’Esprit. Treize savants redécouvrent Paul Valéry », p. 194.

 

[9] J. Dieudonné, p. 275.

 

[10] « Fonctions de l’Esprit. Treize savants redécouvrent Paul Valéry », p. 13-14.

 

[11] J. Bouveresse, p. 277.

 

[12] J. Bouveresse, p. 276.

 

[13] H.-A. Simon, M.B.R. II, p. 509.

 

[14] 1991, chapitre 1.

 

[15] 1993, p. 53.

 

[16] J.-L. Le Moigne. « Les épistémologies constructivistes », PUF. Que sais-je, 1995 ; « Le Constructivisme », tome I, « Les fondements », tome II, « Les épistémologies », Ed. ESF, Paris, 1994.

 

[17] J. Piaget, 1967, Logique et connaissance scientifique, L’Encyclopédie Pléiade .

 

[18] p. 311.

 

[19] L. Von Bogaert.

 

[20] « Fonctions de l’Esprit. Treize savants redécouvrent Paul Valéry », p. 161.

 

[21] « Les seules lectures dont il m’ait parlé ont été celles des ouvrages classiques de William James pour lesquels il avait beaucoup d’admiration »

 

[22] Cahiers, Pléiade I, p. 562.

 

[23] 1991, p. 14.

 

[24] Cahiers, Pléiade II, 330.

 

[25] « Fonctions de l’Esprit », p. 190.

 

[26] p. 204.

 

[27] Œuvres, Pléiade I, p. 1316.

 

[28] p. 189.

 

[29] p. 61.

 

[30] Cahiers II, p. 855.

 

[31] Cahiers, Pléiade I, p. 562.

 

[32] p. 212.

 

[33] Cahiers, Pléiade II, p. 793.

 

[34] « Fonctions de l’Esprit », p. 189.

 

[35] E.U. vol. 10, p. 988.

 

[36]  G.-G. Granger : « Méthodologie économique », PUF, 1955, p. 401.

 

[37] Nov.-déc. 1896, p. 574-576.

 

[38] P. Valéry, 1972, Notes de l’Edition Pléiade des Œuvres, tome 2, p. 1442-1444.

 

[39] P. Valéry, 1972, Notes de l’Edition Pléiade des Œuvres, tome 2, p. 1442-1444.

 

[40] 1971, p. 45.

 

[41] S. Lantieri, 1979, p. 75.

 

[42] F. Jacob, La logique du vivant, 1970, p. 17.

 

[43] p. 258.

 

[44] Cahiers Pléiade I, p. 531.

 

[45] Cahiers Pléiade I, p. 651.

 

[46] Fonctions de l’Esprit, p. 259.

 

[47] p. 260-261.

 

[48],« Fonctions de l’Esprit », p. 203.

 

[49] p. 204.

 

[50] Lettre à Fourment, Œuvre Pléiade II, p. 1464..

 

[51] Cahiers Pléiade I, p. 521.

 

[52] p. 230.

 

[53] Cahiers Pléiade II, p. 859.

 

[54] 1995.

 

[55] Cahiers VIII, 319.

 

[56] Cahiers, Pléiade II, 982.

 

[57] Cahiers, Pléiade I, p. 562.

 

[58] Paul Valéry, philosophe de l’art, 1993, p. 218.

 

[59] Eupalinos, Œuvre, Pléiade I, p. 146.

 

[60] dans « Paul Valéry devant les paradoxes de la philosophie », p. 19.

 

[61] Cahiers, XVI, 611.

 

[62] Fonctions de l’Esprit, p. 16.

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