L’information forme l’organisation qui la forme

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Le « Problème des TROIS CORPS »

 

 

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En s’organisant pour décider délibérément et en décidant arbitrairement de s’informer, les acteurs de l’organisation perturbent l’élégante équilibration de la morphogenèse de l’organisation par l’information.

Et pourtant cette complexité leur est intelligible.

 

 

 

Et pourtant, en pratique, ce problème se résoud, de bien des façons différentes ! L’analogie peut éclairer : le problème des deux corps est ici celui de la correspondance directe Information-Organisation ; le problème des trois corps devient alors celui de la correspondance complexe et intelligible entre Information-Organisation et Décision des acteurs. Acteurs qui, informés et s’informant, organisés et s’organisant, peuvent décider (autrement dit inventer, comprendre et concevoir) leur propre comportement (lui construire du sens), perturbant ainsi à la fois l’information, qu’ils produisent autant qu’ils la reçoivent, et l’Organisation, dont ils décident des formes autant qu’elle canalise leur comportement.

 

 

Imprévisible mais intelligible correspondance I.O.D.

 

Impossible dès lors de prédire ce que sera l’Information, que produit souvent l’imaginaire des acteurs ; impossible aussi de prédire ce que sera certainement l’Organisation, qui s’adapte en permanence aux jeux imprévisibles des acteurs en relation ; mais ces imprévisibles sont pourtant intelligibles : chacun sait donner du sens aux comportements actuels et potentiels du système dans lequel il intervient. Comment alors interpréter la conception et l’animation du système d’information par lequel les acteurs se représentent ces interactions complexes Information-Organisation-Décision ?

 

 

Le Système d’Information : « l’Artificiel imprégné dans le Naturel »

 

Cet entendement du Système d’Information de la correspondance complexe « Information-Organisation-Décision » autorise une instrumentation modélisatrice (éventuellement informatisable) dont les Nouvelles Sciences de l’Ingénierie (les Sciences de l’Artificiel, selon H.A. Simon) nous proposent la théorie, tant épistémologique que pragmatique.

 

 

1. Système de finalisation : Entendue par sa capacité complexe à former Projets, et à transformer ses projets par le jeu permanent des interactions fins-moyens, l’Organisation sociale se comprend par son caractère téléologique : elle est son propre Système de Finalisation (ou d’Intentionalisation) endogène, complexe, potentiellement instable, hésitant, et dont le comportement exprimé est à chaque instant interprété délibérément – et en général confusément – par les acteurs qui la construisent.

Ce système de finalisation permet l’interprétation des comportements (activités et transformation) de l’organisation en terme d’adaptation (ou d’équilibration), représentable par quelques systèmes artificiels mettant en correspondance intentions et action, fins et moyens mis en oeuvre ; système artificiel complexe (ou intelligent) capable d’endogénéiser le processus réflexif d’élaboration de nouvelles fins en fonction des conséquences perçues de la mise en oeuvre de moyens sélectionnés antérieurement.

 

 

2. Système de symbolisation : Système de finalisation qui appelle, et qui s’exprime par un système de symbolisation : le système d’information par lequel l’organisation se construit intentionnellement des représentations computables de ses comportements. En « se disant » ce qu’elle veut faire (finalisation), l’organisation se dit comment elle se représente (symbolisation) ce qu’elle fait effectivement (et elle ne peut pas ne pas le faire : on repère ici incidemment une extension importante du célèbre « théorème de Palo-Alto : On ne peut pas ne pas communiquer » ! »). Activité originale et artificielle, la symbolisation n’a pas, pendant longtemps, beaucoup retenu l’attention de l’informatique : les symboles, digitalisés, étaient présumés disponibles, sans que l’on s’intéresse à leur propre genèse (l’informatique connaissait « l’information circulante« , mais ignorait « l’information générique« , pour reprendre une distinction essentielle rappelée par E. Morin dès 1977). L’émergence de l’informatique graphique (gestion d’écrans, etc…) puis de l’idéographie dynamique (P. Lévy) est sans doute en passe de modifier partiellement cette carence.

 

 

3. Système de mémorisation-computation : Le système de symbolisation appelle à son tour le développement du système de mémorisation et du système de computation (fonctions consubstantielles de la symbolisation, soulignent H.A. Simon et A. Newell, 1976). Les capacités amplificatrices des systèmes informatiques ici s’épanouissent, au point souvent de masquer l’essentiel, les fonctions à amplifier. Il est difficile encore pour une organisation sociale d’exprimer son étonnant système de mémorisation autrement qu’en terme de bases de données informatisées ! Et les multiples raisonnements rusés que déploient les acteurs de l’organisation sont souvent tenus pour inavouables parce que moins directement programmables dans les langages classiques que les robustes algorithmes qui fondent le statut de l’informatique enseignée.

 

 

Les fonctions du S.I.O. articulant le complexe I.O.D.

 

Finalisation, symbolisation, mémorisation et computation communication, ces grandes fonctions du système d’information de l’organisation assurent les articulations fondatrices par lesquelles on entend l’organisation dans sa complexité : Information et Organisation et Décision. Elles ne requièrent a priori nulle médiation spécifiquement informatique, mais elles impliquent le postulat d’artificialité de la représentation symbolique qui assure l’entendement du « construit social organisé – s’organisant« . Fonctions qui définisssent à la fois épistémologiquement et pragmatiquement le système d’information de l’organisation dans des termes que peuvent entendre à la fois et sans réduction les sciences de l’ingénierie et les sciences de la société, dès lors qu’elles acceptent un changement de paradigme aujourd’hui correctement argumenté.

 

 

Un paradigme qui suggère de nouvelles voies de recherche

 

Cette définition fonctionnelle du S.I.O. entendu dans son intelligible complexité, indépendante de tout a priori technologique ou instrumental, permet enfin de mettre en valeur quelques nouvelles voies de recherche dont on peut maintenant reprendre l’exploration, en s’aidant plus volontiers des ressources nouvelles que nous permet la technologie, celle de l’intelligence organisationnelle et celle de l’amplification des capacités cognitives de l’organisation. Je propose aujourd’hui d’en privilégier deux :

 

 

1. Le principe du système intelligent : La première se caractérise par l’expérimentation du « Principe de Pitrat« . En 1990, Jacques Pitrat publie un article d’apparence modeste auquel peu d’observateurs prêteront attention à l’époque, sans doute parce qu’il rappelait publiquement que « Le Roi était nu » ! « Un système intelligent peut et doit observer lui-même son propre comportement« . Définir l’intelligence par une capacité d’auto-symbolisation computation intentionnelle semblait alors incongru ! « Puisque cela va de soi, pourquoi le dire ? Mieux vaut revenir aux délices du calcul massivement parallèle et aux spéculations sur les logiques modales et floues ou sur la dynamique des systèmes non linéaires », assurait-on ! Il apparaît pourtant aujourd’hui que les décisions difficiles que doivent prendre en permanence les organisations « actives » (pro-active plutôt que ré-actives, agissant par projets plutôt qu’en réponse à des perturbations), concernent les processus par lesquels leurs acteurs se construisent délibérément et intentionnellement les représentations (systèmes de symboles computables) de leurs complexes comportements (activités et transformation). Cet exercice imaginatif de création symbolique (qui prendra parfois l’aspect d’un dessin d’imprimé ou d’un compte-rendu de réunion) requiert une intense activité cognitive des acteurs, activités qu’ils ne peuvent guère déléguer aux systèmes informatiques qui « engrammeront » ces représentations sous forme de symboles discursifs et graphiques habituellement computables. La solution classique du recours au modèle précédent (« la culture d’entreprise assure que l’on a toujours fait comme cela ») s’avère de plus en plus insatisfaisante lorsque se développent de fortes et d’imprévisibles turbulences environnementales ; et l’on prend alors conscience de l’appauvrissement des cultures managériales contemporaines suscité par le remplacement de la créative rhétorique par les formelles logiques (« on sait résoudre les problèmes bien posés, mais on ne sait pas poser les problèmes à résoudre » !). On peut parier que les développements contemporains de l’intelligence artificielle et des sciences de la cognition (entendues dans leur ineffable complexité et donc irréductibles à quelque théorie formelle des réseaux neuronaux), vont susciter quelques renouvellements dans notre compréhension de « l’Organisation Intelligente » et des « Systèmes d’Information Stratégiques« .

 

2. Le principe de l’organisation mémorisante (unité active) : la seconde voie de recherche se caractérise par l’expérimentation du « Principe de Perroux » : en introduisant, en 1977, le concept d’ »Unité Active » pour rendre compte des comportements socio-économiques observables, François Perroux le définissait en une formule que nous n’avons pas encore assez méditée (malgré la suggestion insistante de Paul Bourgine qui introduisait cette notion « d’UNACT » dans sa thèse consacrée à la Modélisation Assistée par Ordinateur, 1983) : l’Unité active a mémoire et projet« . Entendre l’organisation sociale active comme et par un système qui mémorise intentionnellement, va nous conduire à explorer l’impressionnante complexité des processus de mémorisation collective ; et à évaluer les sévères limites des capacités cognitives des acteurs en même temps que leur étonnante habileté à ruser avec ces limites (H.A. Simon et A. Newell 1972). Les ressources de l’ingénierie du traitement de l’information (giga-mémoires, hyper-média, gestion d’écrans, etc…) nous ouvrent aujourd’hui des voies de développement nouvelles incitant les organisations à s’enrichir de leur capacité complexe de mémorisation, et donc d’auto-éco-ré-organisation intentionnelle, non plus logique, mais téléologique.

 

Contrôler l’efficacité ou activer l’intelligence de l’organisation ?

 

Ce passage d’un paradigme de l’énergétique naturelle à un paradigme de la sémiotique artificielle (que j’ai proposé d’appeler le « paradigme Inforgétique ») pour rendre compte et pour rendre raison des comportements des organisations socio-économiques, affecte profondément nos conceptions de leurs systèmes d’information. Tant que l’entreprise n’était perçue que comme et par un processus contrôlable de transformation de matière en énergie, son système d’information pouvait peut-être être réduit à un système nerveux primaire, capable de contrôler des réflexes (cybernétique du stimulus réponse) et ignorant sa capacité à susciter des réflexions. En la concevant désormais comme et par un système de production de sens et donc comme et par un système d’action intentionalisante, son système d’information ne peut plus être tenu pour le substitut des acteurs de l’organisation, chargé d’assumer et de contrôler à leur place l’efficacité (énergétique) de l’organisation (charge qu’incidemment il assurait souvent plus maladroitement que la plupart des acteurs qu’il devait remplacer !). Du contrôle de réflexes pré-définis, la vocation du SIO passe à l’animation des réflexions inventives des acteurs de l’organisation, système humain se finalisant sans cesse en agissant : c’est sa capacité à construire des représentations riches de l’action (symbolisation), à imaginer de nouvelles formes d’action, en cogitant sur ces représentations (mémorisation-computation), et à donner du sens (finalisation) à ces actions dans des contextes changeants, … qui peut non moins aisément caractériser le S.I.O. (charge qu’il assure souvent par surcroît semble-t-il, de façon parfois satisfaisante au gré des acteurs dont ainsi il active l’intelligence : pourquoi dès lors, ne pas expliciter cette fonction implicite ?). Vocation du système d’information entendu par sa capacité à activer l’intelligence des acteurs en interaction permanente, et par là, l’intelligence de l’organisation.

 

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